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A la suite des numéros 15/16, 24, 41 et 74 de Pratiques, « Ecritures théâtrales »
est la cinquième livraison de la revue consacrée au théâtre et à son
enseignement dans le cours de français.
Le pluriel du titre sexplique, en premier lieu, par le fait que le théâtre,
qui est à la fois texte et représentation, activité scripturale et pratique
scénique, se manifeste sous la forme dune double écriture (dramatique
et scénique), la première étant elle-même stratifiée en deux couches scripturales
(les dialogues et les didascalies).
Cest pourquoi le numéro souvre par une série darticles qui, en fonction
dun point de vue théorique essentiellement sémio-linguistique, sattachent
à décrire des fonctionnements caractéristiques du texte dramatique
Cest ainsi quAlain Rabatel, après avoir défini le point de vue comme
lune des manifestations de la subjectivité dun énonciateur telle quelle
sexprime à propos de la référenciation dun objet de discours, montre
la pertinence de la notion pour rendre compte des phénomènes énonciatifs
et de la construction du sens dans un texte dramatique : feuilleté dénonciateurs,
phénomènes de co-énonciation, de sous et de sur-énonciation, modes de dénomination
et de désignation dans les dialogues...
Maria Myszkorowska, de son côté, après avoir rappelé les différents types
de didascalies, selon quelles sont à fonction diégétique (participation
à lélaboration de la fiction dramatique) et/ou scénique (anticipation
possible des conditions de la représentation), sarrête plus particulièrement
sur les didascalies de personnage. Prenant pour illustrer sa réflexion
lexemple de lécriture dramatique de Georges Feydeau,Maria Myszkorowska
propose un classement des didascalies qui contribuent à configurer les
personnages, laissant au lecteur de larticle le soin dapprécier la poétique
didascalique propre à Feydeau.
Quant à André Petitjean, il commence par rappeler certaines des propriétés
majeures de la textualité dramatique (intentionnalité esthétique, feintise
ludique, mimésis dialoguée à double destinataire, narration conversationnelle,
ellipticité...). Il se livre ensuite, par lintermédiaire dune revue de
questions des travaux narratologiques et linguistiques,à létude des formes
de manifestation textuelle du personnage dramatique.
Dans la seconde partie de son article, André Petitjean élargit lhorizon
de son investigation à dautres domaines théoriques et tente un essai de
problématisation historique et culturelle, en production et en réception,
du personnage dramatique.
Cette diversification des points de vue théoriques caractérisent aussi
les deux articles consacrés à la représentation théâtrale.
Cest ainsi que Catherine Treilhou-Balaudé se donne pour objet détude,
outre lacte même de représenter, les constituants majeurs de la représentation
théâtrale :lespace (les rapports scène/salle, la scénographie...) ; lacteur (corporalité,voix,
jeu...) ; la transposition scénique du texte dramatique... Pour rendre compte
de cette polyphonie de signes en interaction, Catherine Treilhou-Balaudé
convoque nécessairement des approche diverses de la représentation (esthétique,
sémiologique, phénoménologique...).
Blanche-Noëlle Grunig, de son côté, à partir danalyses dordre linguistique
et neuropsychologique, aborde la représentation du point de vue de la réception
par le spectateur. Ancrant sa réflexion sur les trois repères énonciatifs
que sont le « je » énonciateur, le site spatial et le contexte temporel de
lénonciation, Blanche-Noëlle Grunig sintéresse à la spécificité de lénonciation
scénique du texte dramatique. Ce faisant, elle avance que dans la conscience
réceptrice du spectateur,les imageries mentales induites à partir du verbal
ont un empan représentationnel et un degré de saillance supérieur par rapport
aux représentations mentales provoquées par la perception sensorielle.
Le pluriel du titre réfère, en second lieu, au fait que lécriture dramatique,
dans le passé comme dans le présent, se concrétise par un foisonnement
de genres, de formes et de styles.
Cest ainsi que Jean-Pierre Ryngaert sattache à décrire lévolution de
lécriture théâtrale de ces vingt dernières années. Il retient plus
spécialement, au-delà de la diversité et de la particularité de chaque
auteur, une tendance profonde au métissage ou à la dissolution des formes,
à lellipticité de la fable, à la fragmentation des dialogues, à lindécidabilité
des points de vue... et subsume lensemble de ces phénomènes par lappellation
de « théâtre de la parole ». Jean-Pierre Ryngaert montre aussi combien ces
innovations dramaturgiques modifient les places respectives de lauteur
et du lecteur-spectateur, sans oublier celle du metteur en scène, comme
le signale, de son côté, Catherine Treilhou-Balaudé.
Léclairage quapporte Julie Sermon sur le personnage dans les écritures
contemporaines confirme ce renversement de tendance dune dramaturgie
de laction à celle de la parole. Pourvu dune intégralité fictive réduite
ou déconstruite, le personnage saffirme essentiellement comme un être
de langage, soumis aux variations et aux fluctuations dune parole en acte.
Comme le souligne Julie Sermon, ce nouveau mode dêtre dramaturgique du
personnage affecte son passage à la scène et nécessite un effort d'accommodation
esthétique de la part du lecteur ou du spectateur.
Marie Bernanoce, à travers son répertoire du théâtre contemporain pour
la jeunesse, apporte la preuve que la diversité des écritures nest pas
moins grande dans ce champ de la production dramatique par rapport à son
homologue tout public. Il ressort aussi de larticle de Marie Bernanoce,
outre le constat dune expansion relativement récente du répertoire théâtral
pour la jeunesse, laffirmation que, dans ce champ comme dans lautre,
les écritures qui comptent sont celles qui allient un propos sur le monde
à un travail sur la langue.
Le pluriel du titre renvoie, en troisième, lieu au fait que lécriture
théâtrale se prête aux différentes formes de la réécriture : reprises,
adaptations, parodies...
Cest ainsi que Michel Corvin entreprend délucider le phénomène complexe
de ladaptation. Selon une perspective à la fois historique et typologique,
il montre que ladaptation est une réalité textuelle dune grande diversité.
Variété quil est possible, cependant, de décrire à laide de paramètres
du type contexte historique et enjeux culturels de ladaptation, statut
de ladaptateur, type de texte-source...Variété que lon peut décrire aussi
à partir des opérations que réalise ladaptateur (collage, montage, ajout,
suppression, déplacement...), selon que sa pratique est assimilable à un
geste dimitation, de traduction ou de création.
Martine de Rougemont, pour sa part, propose un panorama historique de la
parodie théâtrale, du XVIIe siècle à nos jours. Dans la mesure où elle
affecte à la parodie théâtrale le statut dun genre textuel, Martine de
Rougemont en décline les différents aspects, quils soient dordre institutionnel,intentionnel,énonciatif,
formel, thématique... Elle achève son article en faisant quelques hypothèses
sur les raisons qui ont provoqué la disparition du genre au cours du XXe
siècle.
Le numéro sachève par la partie plus spécifiquement consacrée au théâtre
et à son enseignement.
Certes, les nouveaux programmes du primaire, des collèges et des lycées
modifient la perception scolaire du théâtre (objectifs, contenus, activités...).
Néanmoins, comme le souligne Marie Bernanoce, dans la première partie de
son article, lécriture dramatique noccupe toujours pas la place qui devrait
être la sienne dans lenseignement du français.
En ce sens, Daniel Bessonnat, dans son compte-rendu dune expérience menée
dans une classe de Troisième apporte la preuve quil est possible de permettre
aux élèves de se familiariser avec cet objet multiforme quest le théâtre,
sans renoncer à la transmission du patrimoine des classiques. Cela implique,
outre des activités de jeu dramatique, un apprentissage organisé de la
lecture des oeuvres dramatiques et une confrontation avec lécriture dramatique.
André Petitjean se focalise sur les problèmes que pose la lecture dune
fiction dramatique compte tenu des propriétés particulières dun texte
dramatique. Restreignant ensuite sa réflexion au personnage dramatique,
il propose des activités destinées à des élèves de collèges, susceptibles
daider ces derniers à mieux lire les textes dramatiques, voire à modifier
leur regard de spectateur.
Daniel Lemahieu, pour sa part, propose une réflexion portant sur les ateliers
décriture dramatique en situation scolaire et universitaire (enjeux,
dispositifs, formes, contenus...). Analyse qui devrait entrer en résonance
avec lécriture dinvention du lycée, si elle nétait pas réduite à une
épreuve du baccalauréat.
Il en va de même des articles de Michel Corvin et de Martine de Rougemont
qui ne sauraient manquer denrichir la rubrique des réécritures littéraires,
au programme des classes de Première L.
Il manque dans ce numéro, nous le regrettons, larticle que nous avions
commandé à Anick Brillant-Annequin et portant sur « la lecture du spectacle
théâtral dans lenseignement secondaire ». On le trouvera dans sa version
première dans le n° 51/52 de la revue Enjeux.
Nous conclurons cette présentation en disant que le personnage constitue
indéniablement un second fil rouge qui relie la majorité des articles du
numéro. Il apparaît, tour à tour, problématisé sous sa forme dramatique
ou scénique, particularisé dans son aspect didascalique, spécifié dans
les dramaturgies contemporaines, impliqué dans les réécritures et faisant
lobjet des réflexions didactiques.
André PETITJEAN, Jean-Pierre RYNGAERT
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