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Les questions ayant trait à l'imaginaire et à la créativité sont, à l'heure
actuelle, peu traitées dans les recherches en didactique du français. Cette
situation peut surprendre si l'on considère les travaux abondants sur ces
sujets dans de nombreux secteurs des sciences humaines, si l'on se souvient
aussi de leur importance dans l'histoire des réflexions sur les pratiques
en français (jeux poétiques, jeux d'écriture, ouverture aux contes, au
fantastique...). Si l'on observe comment ces dimensions interviennent constamment
dans l'enseignement de la discipline (sujets d'imagination, choix des textes,
jugements fondés sur la stéréotypie ou l'originalité...).
L'enjeu de ce numéro consiste conséquemment à reprendre ces questions,
du point de vue de l'écriture, en faisant le point sur l'état des réflexions
théoriques, en désignant des pistes de travail possibles, en essayant de
penser le mieux possible ces dimensions qui traversent qu'on le veuille
ou non toute pratique scripturale.
Odile DOSNON propose ainsi des éléments pour un bilan critique des recherches
concernant imaginaire et créativité dans le domaine de la psychologie.
Elle construit ce bilan autour de trois axes : l'évolution de la problématique
(des poètes et philosophes aux chercheurs ; de l'imagination à la créativité),
l'opérationnalisation de la créativité (critères, tests, concepts...),
les interprétations de la démarche créative. Ce faisant, elle passe en
revue différents courants et perspectives : différentielle, psychanalytique,
cognitiviste (avec notamment la question de la résolution de problème).
On peut ainsi prendre conscience de l'importance et de la rigueur de ces
recherches ainsi que de leurs apports possibles pour les théories de l'écriture
et de son enseignement-apprentissage.
Puis, Yves REUTER tente de préciser les relations entre imaginaire, créativité
et didactique de l'écriture. Après avoir défini la façon dont il utilise
ces termes, il s'interroge sur les causes de leur refoulement à l'école
et dans la didactique du français ainsi que sur les fondements du topos
qui oppose imagination (infantile) et raison (adulte). Il montre ensuite
les intérêts de leur prise en compte dans l'enseignement de l'écriture
à l'aide de quelques pistes : éléments d'explication de l'échec scolaire ;
meilleure compréhension de certaines difficultés d'élaboration des textes
à l'école primaire ; diversification des activités possibles ; diversification
des catégories d'exercices ; modification des modalités évaluatives ; transformation
des modes de recours au texte et des pratiques de lecture... Son article,
comme celui d'Odile DOSNON, se conclut par une bibliographie importante
sur le sujet.
Odette et Michel NEUMAYER proposent, quant à eux, un bilan de vingt ans
d'animation d'ateliers d'écriture, notamment au sein du GFEN. Ils explicitent
les fondements de leur action (principalement les relations entre écriture
et construction de savoirs ; la capacité de création reconnue à tous ; l'écriture
comme construction de la personne...). Ils reviennent aussi sur les différentes
étapes institutionnelles de leur trajet (militantisme pionnier ; années
MAFPEN...). Puis, ils analysent la professionnalité des animateurs, cette
« métacompétence » qui allie le praticien-chercheur, le créateur, le médiateur
et le militant. Ils précisent enfin les notions d'activité (préférée à
celle de créativité) et d'efficacité dynamique en s'appuyant, tout au long
de l'article, sur plusieurs exemples d'ateliers d'écriture.
Claudine GARCIA-DEBANC s'intéresse aux relations entre consignes d'écriture
et création. Après avoir précisé certaines injonctions paradoxales portées
par le principe même de la consigne, elle tente au-delà de la disparité
des termes utilisés : consignes, déclencheurs, lanceurs, embrayeurs...
de construire certains principes permettant de dfifférencier les consignes
en insistant sur le fait que, pour elle, la consigne est centrée sur la
tâche d'écriture à réaliser (et non sur le « quelque-chose à dire »). Puis,
elle étudie comment la consigne provoque l'écriture au travers de quatre
courants (E. Bing ; Oulipo ; Ricardou - Oriol-Boyer ; GFEN). Elle conclut en
examinant le rôle des consignes aux divers moments de l'écriture avec des
exmples pris en collège et à l'école primaire et en insistant sur le fait
que toute consigne appelle une transgression, que toute consigne a du jeu.
C'est à l'école primaire que s'intéresse Anne DRUART en se centrant sur
les relations écriture-créativité-Arts Plastiques à partir d'une expérience
menée avec des élèves de CP-CE en difficulté qui a engendré des effets
inespérés. Après des rappels théoriques concernant imagination, imaginaire
et créativité, elle précise les intérêts des Arts Plastiques par rapport
à la didactique de l'écriture : modifications de la relation maître-élève
et du rapport à l'évaluation, diversification des types d'action et d'attention,
maîtrise du geste, développement d'un lexique spécifique, prise en compte
de la subjectivité, activation de la créativité et de l'imaginaire... A
partir de ces hypothèses, Anne DRUART explique d'abord précisément la démarche
suivie lors d'un projet en CP-CE, puis elle expose les résultats de ses
recherches. Si ceux-ci s'avèrent mitigés en ce qui concerne la créativité,
ils sont en revanche tout à fait intéressants en matière d'écriture : longueur
et intérêt des textes, originalité, notations des formes et des couleurs,
pauses descriptives plus fréquentes...
Au lecteur maintenant de juger de la pertinence de ces dimensions pour
une didactique de l'écriture...
Yves REUTER
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