N° 97-98,
« La transposition didactique
en français »

La transposition didactique en français

André PETITJEAN

L'article se propose, en premier lieu, de présenter les contributions du numéro de Pratiques et de rendre compte et d'interroger le concept de transposition didactique. En second lieu, il mesure la pertinence de ce concept pour l'enseignement du français et réfléchit sur la spécificité et sur l'évolution historique de cette discipline.
Mots-clés : DISCIPLINE et THÉORIES DE RÉFÉRENCE - TRANSPOSITIONS DIDACTIQUES EN FRANÇAIS - HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS - FORMATION DES MAITRES DIDACTIQUE DU FRANÇAIS

La transposition didactique : histoire et perspectives d'une problématique fondatrice

Jean-Paul BRONCKART et Itziar PLAZAOLA GIGER

Cet article retrace d'abord les étapes de l'histoire de la notion de transposition didactique : son émergence chez Verret (1975) ; sa problématisation dans l'ouvrage fondateur de Chevallard (1985/1991) ; sa mise en débat ultérieure, autour de trois thèmes majeurs : - le statut des références (savoirs, connaissances, pratiques) à la source du processus transpositionnel ; - le nécessaire affinement de l'analyse des phases de ce processus ; - la nature des interactions entre disciplines scientifiques de référence et didactique des matières scolaires.
En une deuxième partie, il défend une position non applicationniste, qui conduit à situer la didactique comme sous-champ des sciences de l'éducation, centré sur la problématique de la transmission-appropriation des savoirs. Puis il revient sur la question du statut des savoirs, en s'inspirant d'une part de la théorie bourdieusienne des « champs de production », en soutenant d'autre part que tout objet de savoir est simultanément objet de discours, et qu'il est dès lors déterminé par l'économie générale des textes qui le présentent.
Dans la troisième partie sont relatées des recherches inspirées de cette conception, qui analysent la transposition de concepts linguistiques selon deux méthodes distinctes. Des analyses de contenu comparant le statut de mêmes objets de savoir dans des textes scientifiques et dans des manuels d'enseignement. Des analyses de discours, portant sur des manuels et sur des séquences didactiques réalisées en classe, et visant à mettre en évidence les effets qu'exercent les différents niveaux de la textualité sur l'apprêt didactique des objets de savoir.
Mots-clés : TRANSPOSITION DIDACTIQUE - SCIENCES DE L'ÉDUCATION - MANUELS - SÉQUENCES DIDACTIQUES - OBJET DE SAVOIR - OBJET DE DISCOURS

Lecture méthodique ou méthode de lecture à l'usage des élèves de lycée

Raymond MICHEL

L'introduction de la lecture méthodique, en 1987, dans les instructions officielles du lycée, n'a pas été sans poser de nombreux problèmes, tant l'exercice paraissait nouveau et en décalage avec les pratiques communes et la formation des enseignants. D'ailleurs, les espoirs de rénovation de la lecture littéraire, qu'ont pu mettre, alors, dans la lecture méthodique ses concepteurs, on été, rapidement, déçus, eu égard à la dérive qu'a subie un tel exercice : applicationnisme linguistique, formalisme, technicisme, oubli du sens et des fonctions du texte littéraire. Ce constat ayant été fait, il faut, d'un point de vue didactique, se demander pourquoi la lecture méthodique a connu une telle réification. Il appert, tout d'abord, qu'il existe, paradoxalement, des contradictions profondes entre les principes qui gouvernent le cursus universitaire des étudiants de lettres, le concours de recrutement des professeurs de français et les instructions qui fondent les exercices en usage dans les classes du secondaire. Ensuite, une lecture attentive de ces instructions officielles montre que la lecture méthodique, implicitement, a été plus conçue comme une « méthode de lecture à l'usage des lycées », que comme une véritable initiation/invitation à une « opération liseuse ». Et l'on peut se demander si, en définitive, l'innovation prétendue et souhaitée n'a pas échoué parce qu'elle s'est faite dans l'opacité totale, à tous les niveaux, sans réelle volonté de transposition didactique sérieuse et réfléchie.
Mots-clés : DIDACTIQUE - INSTRUCTIONS OFFICIELLES - LITTÉRATURE - LECTURE LITTÉRAIRE - LECTURE MÉTHODIQUE - TRANSPOSITION DIDACTIQUE

Enseignement / apprentissage de l'écriture et transposition didactique

André PETITJEAN

S'appuyant sur l'exemple des manuels de la collection "Maîtrise de l'écrit", l'article interroge la pertinence du concept de transposition didactique pour l'enseignement du français, et plus particulièrement pour l'enseignement / apprentissage de l'écriture au collège. Il apparaît que la confection de ces manuels a nécessité de nombreuses transpositions didactiques en référence à une pluralité de savoirs théoriques.
Mots-clés : DIDACTIQUE DE L'ÉCRITURE - EXPERTISE - ACQUISITION - ENSEIGNEMENT - APPRENTISSAGE- MANUELS-THÉORIES DE RÉFÉRENCE -OPÉRATIONS DE TRANSPOSITION

Transpositions didactiques et chaîne de reformulation des savoirs :
le cas des connecteurs

Claudine GARCIA-DEBANC

La présence du pluriel dans l'expression de « transpositions didactiques » permet de mettre en évidence les trois niveaux de transposition envisageables pour une analyse didactique : étude des écarts entre théories de référence et savoirs à enseigner, entre savoirs à enseigner et savoirs effectivement enseignés dans les classes, entre savoirs enseignés et savoirs intégrés par les élèves. Toutefois, un rapide panorama historique des grands choix théoriques en matière d'étude de l'argumentation et de son enseignement permet de montrer l'intérêt du concept de « pratique sociale de référence » à côté de celui de transposition didactique, Le concept de Transposition Didactique est appliqué ici à l'étude de l'utilisation dans l'enseignement de savoirs linguistiques sur les connecteurs, plus particulièrement les analyses du connecteur mais, l'un des plus souvent décrits dans les études pragmatiques et textuelles. Après avoir défini les divers aspects de la description sémantique d'un connecteur, l'article s'applique à questionner les écarts entre les diverses descriptions sémantiques proposées par des linguistes, qui constituent les savoirs de référence, et la nature des contenus et des activités figurant dans des manuels de collège et de lycée. Les analyses mettent en évidence une rupture radicale entre ces deux sphères. En revanche, une référence lucide et permanente aux analyses linguistiques de première main peut permettre d'utiliser les descriptions sémantiques comme analyseurs des difficultés d'emploi de ces connecteurs par les élèves et d'imaginer une variété d'exercices plus efficaces, ce que montre la dernière partie de l'article.
Mots-clés : TRANSPOSITION DIDACTIQUE - ARGUMENTATION DANS LA LANGUE - CONNECTEUR - MAIS -ANALYSE SÉMANTIQUE - DÉCLOISONNEMENT

Quelles transpositions didactiques des théories du texte en formation d'enseignants ?

Elizabeth NONNON

Communication au colloque "Enjeux didactiques des théories du texte dans l'enseignement du français et des langues étrangères", Toulouse, février 1998.
La transposition didactique des théories du texte a ceci de spécifique qu'elle concerne les textes objets des théories, mais aussi les textes et discours par lesquels textes et théories sont transmis, commentés, légitimés : cette chaîne continue de renvois et de reformulations constitue une formation discursive, dont font partie les paraphrases ordinaires des élèves aussi bien que les textes écrits par les futurs enseignants à partir des écrits théoriques travaillés en formation. Les références aux théories du texte doivent donc pouvoir être utilisées de façon réflexive à titre d'outils, pour mieux comprendre ces pratiques textuelles et discursives que sont le quotidien de la classe de français et les expériences de lecture et d'écriture dans la formation d'enseignants. Cet usage réflexif des théories dans les activités mêmes de la formation s'inscrirait dans un questionnement épistémologique sur la discipline du français comme discipline de formation, et dans un usage des références théoriques visant la transposition de démarches d'investigation autant que la transposition de contenus de savoirs.
Mots-clés : TRANSPOSITION DIDACTIQUE - THÉORIES DU TEXTE - DISCOURS - REFORMULATIONS SUCCESSIVES - FORMATION

L'espace didactique et la transposition

Jean-François HALTÉ

La dette des didactiques disciplinaires envers la théorie de la transposition didactique est reconnue. Cette thèse a cependant généré des malentendus qui, semble-t-il, se maintiennent dans ses aménagements. Partie d'entre eux tiennent à l'exportation de la théorie vers des didactiques émergentes, alors que la didactique des mathématiques disposait d'une expérience déjà longue. S'il n'y a guère de sens à se déclarer « contre » la transposition, il demeure néanmoins des points de résistance forte. La délimitation des notions de savoir, d'enseignable, de connaissance paraît délicate, voire contestable, d'autant que dans des matières comme le français, d'autres objets se rencontrent. Par ailleurs, la volonté de fonder en droit et en raison Une « science » didactique, occulte les préoccupations plus praticiennes : c'est à cerner l'espace didactique où se joue l'apprentissage qu'ils mesurent la pertinence didactique. La notion d'élaboration didactique, proposée en fin de parcours, pare à certaines des critiques énoncées.
Mots-clés : DIDACTIQUE - DIDACTIQUE GÉNÉRALE - DIDACTIQUE DU FRANÇAIS - TRANSPOSITION - ÉLABORATION DIDACTIQUE

Analyse critique de la nouvelle terminologie grammaticale des collèges et des lycées

Bernard COMBETTES

La Terminologie grammaticale de 1997 à l'usage des collèges et des lycées ne produit pas les effets de clarification que l'on était en droit d'attendre. On trouvera dans l'article un commentaire détaillé et argumenté qui reprend, dans l'ordre où ils sont présentés par la Terminologie, les points autour desquels subsistent confusions et incohérences. Par exemple : l'assimilation abusive entre opérations générales (à des fins méthodologiques) et transformations de phrase, le statut constamment ambigu que l'on fait jouer aux phénomènes énonciatifs, la réduction des phénomènes de topicalisation à la seule thématisation, le traitement incomplet de l'anaphore, la confusion sous la dénomination de procès de l'action de faits aspectuels et d'autres qui relèvent de « la vision » du procès (borné / non borné), enfin le statut respectif mal défini des notions de nature et fonction.
Mots-clés : FAITS DE LANGUE - MÉTHODES EN GRAMMAIRE - DISCOURS - TEXTE THÈME - ANAPHORE -CONNECTEURS - PROCÈS DU VERBE - PHRASE SIMPLE - PHRASE COMPLEXE

Formation initiale des professeurs et textes officiels: des décalages à réduire

Jean-Pierre BENOIT

Les décalages entre les prescriptions officielles et la formation des professeurs recrutés pour les concrétiser se sont accentués ces dernières années, puisque les épreuves des concours externes de recrutement, qui déterminent pour une large part la formation initiale, ont peu évolué, malgré la mise en place d'une épreuve « professionnelle », très vite remplacée par une épreuve « orale sur dossier », alors que le renouvellement des textes officiels s'est accéléré.
Pour comprendre ces décalages, on part de l'histoire de ces concours et on analyse leurs épreuves actuelles et leur importance relative : il semble bien que l'on continue à recruter des professeurs de Lettres pour les lycées, y compris à l'épreuve « orale sur dossier ». Comment s'étonner alors du malaise perceptible dans les réponses à des enquêtes d'opinion menées en cours de stage dans plusieurs IUFM ou de la répartition des sujets de 1393 mémoires professionnels produits depuis 1992 dans 7 IUFM ?
Des mises à jour et des rééquilibrages sont donc nécessaires. Puisqu'on a trop attendu, il faut des changements profonds, mais il est essentiel, pour enseigner le français en fonction des programmes et des besoins sociaux, qu'ils ne portent pas que sur des dispositifs de formation.
Mots-clés : DIDACTIQUE - ENSEIGNEMENT - FORMATION INITIALE - GRAMMAIRE - LETTRES - PROGRAMMES - CONCOURS DE RECRUTEMENT - MÉMOIRE PROFESSIONNEL

HAUT DE PAGE -  N° 97-98

  

© CRESEF - Tous droits réservés

Lire les
résumés au 
format PDF