n° 141/142
« La synonymie »
  La synonymie-« identité de sens » n’est pas un mythe Georges KLEIBER L’ambition de notre contribution est limitée. Il ne s’agit pas de proposer une nouvelle théorie de la synonymie, mais, plus modestement, et peut-être aussi plus salutairement, de montrer que les principaux arguments invoqués habituellement contre une synonymie absolue ou parfaite ou encore stricte, manquent leur cible et qu’il est donc permis de maintenir malgré tout une synonymie-« identité de sens » comme une des relations lexicales structurant le vocabulaire. Mots-clés : synonymie – synonymie absolue / relative / parfaite – stricte / étroite / large / approximative – parasynonymie – quasi-synonymie – sens cognitif – sens affectif – sens dénotatif – sens connotatif – identité Couleur des mots ou synonymie Pierre CADIOT L’objectif de ce travail est d’explorer certains dimensions de la notion de synonymie. On insiste surtout sur son caractère variable, voire insaisissable. Les pistes de la “référence” et celles de la valeur proprement sémantique sont confrontées, pour mettre avant tout en valeur le fait que toute notion de synonymie comporte une forme de gommage des motifs sémantiques internes aux mots en même temps qu’elle sous-évalue le rôle des contextes et des registres discursifs. Ces questions, illustrées par des exemples variés, sont mises en relation avec la tradition des synonymistes des 18e et 19e siècles. Mots-clés : fonds sémantique – idiomaticité – référence – motif – profil – thème La synonymie en question dans le cadre d’une sémantique constructiviste Pierre JALENQUES L’objectif est de proposer une réflexion sur la synonymie, concernant les unités polysémiques, dans le cadre d’une sémantique constructiviste (dans la lignée des travaux d’Antoine Culioli). Dans un premier temps, nous exposons les principes de cette approche dans l’analyse du sens des énoncés. Deux plans sont distingués : celui des acceptions, par hypothèse construites en co-texte au sein de l’énoncé (par exemple l’idée deconserver sur soi dans Paul a gardé son manteau) et celui des formes schématiques, spécifiques aux mots considérés. La synonymie ne concerne pas le plan des formes schématiques (les mots) mais celui des acceptions (constituées au niveau des énoncés). Ensuite, en adoptant un point de vue critique sur le critère de substitution pour définir la synonymie, nous abordons la question du rapport entre proximité sémantique et proximité distributionnelle des mots. Nous soulignons que les deux plans ne sont pas corrélés, ce qui confirme que les relations de proximité sémantique ne concernent pas les mots eux-mêmes mais des acceptions construites en co-texte. Puis, nous abordons brièvement un type de synonymie peu étudié, la synonymie syntagmatique (par exemple entre le préfixe RE et la base itérer dans le verbe réitérer) dont notre approche constructiviste permet de rendre compte. Enfin, nous proposons l’analyse détaillée d’un exemple : la synonymie locale entre deux emplois de deux verbes du français, garder et laisser. Mots clés : synonymie – sémantique – polysémie – constructivisme – forme schématique – substitution – distribution – synonymie syntagmatique Fléchage synonymique ou analyse componentielle dans l'examen de la
polysémie verbale ? affecter vs. compter Jacques FRANÇOIS On cherchera ici à mettre en évidence la pertinence variable en fonction de l’objet d’étude de deux démarches antinomiques dans l’examen de la polysémie verbale. La première est synonymique (ou décompositionnelle) et se fonde sur une sémantique du continu (cf. Fuchs & Victorri, eds. 1994), la seconde est componentielle et se fonde au contraire sur une sémantique des oppositions discrètes. Au terme de l’analyse comparative, il s’avère paradoxalement que la démarche « continuiste » est plus éclairante pour un verbe à polysémie hétérogène comme affecter que pour un verbe à polysémie homogène (ou régulière) comme compter. La démarche « discrétisante » est toujours fiable, mais au prix d’un dépouillement impressionnant faisant appel à une double métalangue, sémantique et morphosyntaxique. Mots clés : polysémie verbale – polysémie homogène vs. hétérogène – fléchage synonymique – analyse componentielle La synonymie au XVIIe siècle : une évolution conceptuelle et pragmatique Gilles PETREQUIN Sans être une préoccupation majeure des remarqueurs de l’époque classique, la problématique de la synonymie traverse cependant tout le XVIIe siècle, qui se révèle être une époque charnière durant laquelle une évolution conceptuelle et pragmatique majeure s’est opérée sur ce sujet. Héritant d’une conception rhétorique de la synonymie, telle qu’elle était pratiquée au XVIe siècle, Malherbe, parmi les premiers, s’attache, dans son Commentaire sur Desportes (1606) à différencier sémantiquement des lexèmes tenus pour synonymes. Cette première étape ne sera pas immédiatement suivie d’effets. Encore très largement accepté par Vaugelas (1647), l’usage des binômes synonymiques ne sera véritablement remis en cause que par Bouhours, dans la seconde moitié du siècle, au nom de la justesse de l’expression, cependant que Ménage prend leur défense, au nom de la clarté et de la fidélité à la tradition gréco-latine. Derrière le débat linguistique se fait jour en effet la place de la langue française par rapport aux langues classiques. La remise en cause de l’usage rhétorique des synonymes (usage en discours) amène progressivement à la prise de conscience d’une dimension paradigmatique des différences sémantiques (usage en langue), qui sera développée et systématisée par Girard (1718). Les trois dictionnaires monolingues de la fin du siècle recueillent une partie des acquis des remarqueurs, notamment le Dictionnaire françois de Richelet (1680), sur lequel l’attention est portée plus particulièrement. Mots-clés : binômes synonymiques – axe syntagmatique/axe paradigmatique – usage en discours/usage en langue – collocabilité différentielle
F. de Malherbe [1555-1628], C. F. de Vaugelas [1585-1650], D. Bouhours [1628-1702], G. Ménage [1613-1692], Richelet, Dictionnaire françois (1680). La quasi-synonymie du passé composé et du passé surcomposé dit « régional » Denis APOTHÉLOZ Cet article examine un cas de synonymie grammaticale partielle : celle qu’on observe entre les emplois du passé composé qualifiés de « parfaits existentiels » (McCawley, 1971) et le passé surcomposé dans sa variante dite « régionale ». On commence par établir que dans cette variante, le passé surcomposé est une forme verbale qui exprime la valeur de parfait existentiel, donnant lieu à des énoncés nommés ici « énoncés d’expérience ». Après avoir établi une liste détaillée des principales propriétés des énoncés d’expérience, on compare, sur la base de ces propriétés, le surcomposé régional et les emplois existentiels du passé composé. Cette comparaison fait apparaître plusieurs différences. L’une d’elles est que les deux tiroirs ne manifestent pas la même dépendance vis-à-vis des adverbiaux temporels quantifieurs de fréquence. On établit que le surcomposé grammaticalise la valeur de parfait existentiel. On formule également l’hypothèse que ces deux tiroirs se différencient par la manière dont ils définissent l’intervalle temporel à l’intérieur duquel opère l’assertion d’existence. L’article se termine par quelques réflexions sur la notion de synonymie impliquant des catégories grammaticales. Mots-clés : passé surcomposé – passé composé – parfait existentiel – parfait d’expérience – énoncé existentiel – synonymie grammaticale – résultativité De la synonymie, vue à travers les emplois des mots synonyme, synonymie et
synonymique dans les textes Michelle LECOLLE L’article rapporte les résultats d’une recherche consacrée à l’emploi de synonyme (singulier et pluriel) et de ses dérivés en corpus (Frantext, à partir du 17e siècle). En nous appuyant sur une analyse précise des énoncés, nous y confrontons les différentes valeurs provenant des écrits théoriques sur la synonymie (synonymie « figure de rhétorique », « dénominative », « structurale ») aux valeurs, savantes et non savantes, qu’on peut circonscrire dans les textes. Le travail, mène de front une réflexion sur ces valeurs sémantiques et une observation des fonctions discursives que revêt l’emploi dans les textes de synonyme et dérivés comme mots métalinguistiques. À travers la diversité de ces valeurs, on repère néanmoins des régularités, sur le plan sémantique (la « synonymie » comme relation d’/équivalence/, d’/implication/, /associative/, de /contradiction/) et sur le plan discursif (fonctions « démonstrative », « métadiscursive », « illustrative », « didactique » … de l’emploi de synonyme(s) et dérivés). Mots-clés : sens – référence – sentiment linguistique – mot métalinguistique – corpus Arriver et venir – quand la deixis fait (et ne fait pas) la différence Dorota SIKORA L’équivalence sémantique entre les verbes arriver et venir n’est pas une constante. Elle s’établit dans certains environnements linguistiques, elle est absente dans d’autres. Entre plusieurs facteurs qui favorisent la synonymie, les éléments déictiques sont particulièrement importants. Cet article se propose d’observer le rôle de l’énonciateur dans la construction des relations synonymiques entre arriver et venir dans leurs emplois spatiaux. Une première partie évoque des regards marquants sur la synonymie en général (Duchacek, 1979, Cruse 2004) et pose la question des relations synonymiques entre arriver et venir en particulier, telle qu’elle apparaît en langue. Elle a également pour objectif de préciser le caractère déictique de venir et de présenter les outils de travail, notamment la typologie de co-textes proposée par Fuchs (1997). Ce classement servira de fil conducteur pour l’analyse des exemples de corpus où il s’agira de repérer quels sont les positionnements sémantico-discursifs de l’énonciateur, responsables de relations synonymiques entre arriver et venir ou, au contraire, de leur absence. Mots clés : sémantique lexicale – discours – deixis Etude sémantique des unités censé / réputé / supposé + infinitif : les limites
de la synonymie Corinne FÉRON, Danielle COLTIER L’article propose une première approche des unités lexicales censé, réputé, supposé, dont certains emplois en discours sont sémantiquement proches ; ces unités sont étudiées dans le schéma : « X (est) UNITE – INF », exemplifié par « cette pratique était réputée / censée / supposée faire venir un mari ». Nous avons choisi d’envisager la synonymie non entre les unités elles-mêmes, mais entre les diverses significations identifiées pour chaque unité. Les trois unités ont des emplois qui relèvent de la « décision », mais il n’y a alors de proximité sémantique qu’entre censé et réputé, qui signifient une intervention sur le réel. Dans d’autres emplois, censé est proche de supposé ; ils ont en commun de signifier une opération d’inférence. Restent, en revanche, totalement isolés, réputé signifiant l’emprunt au sens strict, ainsi que supposé épistémique. Pour distinguer les trois unités, il conviendra, dans un étude ultérieure, de prendre en compte les niveaux énonciatif et discursif. Mots clés : énonciateur – locuteur – médiation – décision – emprunt Jalousie et envie : l'affectivité tout en nuances Arkadiusz KOSELAK L’envie et la jalousie sont deux concepts affectifs dont les rapports ne sont pas aussi évidents que le discours lexicographique le laisse entendre. L’article se donne pour objectif de déterminer les relations qui unissent la jalousie et l’envie. Il s’agit de décrire les deux concepts selon les mêmes paramètres, c’est-à-dire : la structure argumentale, la structure actancielle, l'activation de domaines conceptuels, l'axiologie, pour pouvoir comparer les significations respectives et déterminer les ressemblances et les différences. Cette démarche apparaît comme nécessaire pour procéder ensuite à la vérification de possibilités de substitution de différentes expressions de la jalousie et de l’envie dans les énoncés réellement produits. A la lumière des comparaisons et des substitutions effectuées, il apparaît difficile de réduire les rapports entre la jalousie et l’envie à la synonymie. La jalousie et l’envie sont proches mais n’activent pas les mêmes domaines : la jalousie est un affect alors que l’envie ne l’est pas. Leur proximité est plutôt d’ordre thématique. La jalousie et l’envie sont des variations autour de la même structure et signifient une réaction à une situation du monde dans laquelle quelqu’un possède quelque chose. Mais il s’agit à chaque fois de conceptualisations de réactions différentes. Mots clés : jalousie – envie – concepts affectifs – explicitation verbale – synonymie Les synonymes de dans l’ensemble : de la généralité à la quantification totale, en passant par l’approximation Marie LAMMERT, Hélène VASSILIADOU Le but de cet article est de confirmer, de spécifier ou d’infirmer les relations synonymiques établies par les dictionnaires entre l’adverbial dans l’ensemble et d’autres expressions généralement données comme équivalentes. Dans un premier temps, nous décrirons le fonctionnement syntactico-sémantique dedans l’ensemble. Nous verrons qu’il s’agit d’un marqueur d’atténuation au sens où il modalise la valeur de vérité d’un énoncé, cette atténuation s’exprimant par le biais d’une approximation. Plus précisément, cette locution s’emploie comme un modalisateur mettant en perspective les liens existant entre le sujet et le prédicat d’un énoncé, ainsi que les connaissances stéréotypiques qui y sont associées. Dans un deuxième temps, nous confronteronsdans l’ensemble à ses dits synonymes. Les dictionnaires de référence réservent à ses renvois synonymiques des traitements quelque peu différents qui se révèlent éclairants sur le sémantisme de cet adverbial. Certains le mettent en lien avec le domaine de la généralité (en général / généralement), d’autres avec celui de l’approximation (globalement / en gros / grosso modo), ou encore avec des expressions liées à la quantification totale (au total / en bloc). Ces investigations auront pour conséquence non seulement de circonscrire plus avant le sens et les conditions d’emploi dedans l’ensemble et de ses synonymes, mais également d’apporter quelques réflexions sur les relations synonymiques en général. Mots-clés : modalisation – atténuation – synonymie – quantification – approximation La synonymie dans l'expression de la partition : le trio part, partie et portion Sandrine STEIN-ZINTZ Notre objectif dans cet article est d’étudier la forte proximité sémantique entre les trois motspart, partie et portion. Nous nous intéressons à ce trio partitif sous une double problématique. D'une part, dans une perspective distinctive, nous déterminons quelques spécificités de chaque terme. D'autre part, nous nous penchons sur leurs nombreux points communs. Nous verrons surtout que ces derniers, qu’ils soient distributionnels ou sémantico-référentiels, ne caractérisent jamais le trio dans son intégralité : se rapprochant tantôt de l’un, tantôt de l’autre, chaque terme occupe une place spécifique dans ce microsystème de mots exprimant la partition. Mots-clés : méronymie – partition – partie, tout Indice, signe et marque : exploration des liens synonymiques (DES) et
configuration sémantique Jean-Claude DUNKHORST, Caroline MASSERON Utilisant les données électroniques duDictionnaire Électronique de Synonymes du CRISCO de l’université de Caen, et inspiré par les travaux de Jacques François 2007 (traitement sémantique et étapes de calculs), l’article propose une double investigation de l’unité indice ; investigation informatique qui met en œuvre la méthodologie de référence des cliques de synonymes, composantes, matrices d’appartenance et espace de visualisation, et investigation sémantique qui aboutit à isoler trois synonymes centraux d’indice : marque, signe et preuve, ainsi qu’un synonyme « double » marque/signe. De tels résultats, outre qu’ils confortent l’intuition d’une dichotomie bipolaire (le pôle de l’interprétant, signe, et le pôle du réel observable, marque), permettent de poursuivre le débat métalexical et sémantique sur les liens entre polysémie et synonymie. C’est dans cette perspective que preuve se voit éliminé (au moins provisoirement) de la série réduite des synonymes « centraux » d’indice. Mots-clés : synonymes – Indice(s) – DES – analyse  sémantique Enseignement du lexique et production écrite. Un travail sur les verbes de déplacement à la fin de l’école primaire Claudine GARCIA-DEBANC, Karine DUVIGNAU, Claire DUTRAIT, Michel GANGNEUX Pour concevoir des aides lexicales à l’écriture, la notion de co-hyponymie s’avère plus pertinente que celle de synonymie. En effet, dans les productions écrites, l’utilisation de verbes génériques, tels que faire, dire, aller…prime souvent sur l’emploi de verbes spécifiques. La contribution se réfère aux travaux conduits sur la sémantique de l’espace pour proposer des activités de classification de verbes de déplacement aux élèves d’une classe de CM2. Après avoir fourni quelques éléments de réflexion sur l’articulation entre lexique et production écrite, l’article indique les principes qui ont présidé à la construction d’une séquence d’enseignement lexical, analyse les classifications proposées par les élèves et observe les effets du travail d’étude de la langue sur les productions littéraires demandées, en écho à un album de littérature de jeunesse. Ces analyses permettent de mettre en évidence les relations dynamiques entre étude de la langue et pratiques d’écriture littéraire. Au-delà du thème d’étude abordé, la contribution problématise les articulations entre sciences du langage et didactique du français langue première. Mots-clés : production écrite – sémantique de l’espace – didactique du français langue première – enseignement du lexique – formation des enseignants   HAUT DE PAGE       -        N° 141/142 © CRESEF - Tous droits réservés Lire les
résumés au 
format PDF