|
|
N° 125/126,
« Observations de la langue »
Pour une rénovation des contenus en grammaire de phrase : l'apport des approches
fonctionnelles
Bernard COMBETTES
Un examen de l'évolution de l'enseignement du français langue maternelle
depuis une trentaine d'années conduit à la constatation que les contenus
et les méthodes en syntaxe n'ont pas fondamentalement changé depuis les
essais de rénovation des années 70. A travers les modifications successives,
cet enseignement demeure construit sur un distributionnalisme qui présente
l'inconvénient, parmi d'autres, de séparer les aspects formels du système
linguistique des aspects sémantiques et pragmatiques. La mise en relation
des divers niveaux d'analyse (phrase, texte, discours), présentée comme
une idée-force dans les textes officiels, devrait au contraire s'appuyer
sur des modèles qui rendent compte de l'articulation des différents domaines.
On présente ainsi quelques caractéristiques communes aux approches fonctionnelles
(traitement des niveaux de structuration de l'énoncé ; liaison syntaxe /
sémantique dans la problématique de la prédication ; prise en compte des
types de référents dans l'étude syntaxique), qui pourraient alimenter la
réflexion de nouveaux contenus en grammaire.
Mots-clés : DIDACTIQUE DE LA
GRAMMAIRE FONCTIONNALISME GRAMMAIRES FONCTIONNELLES INTERFACE SYNTAXE /
SÉMANTIQUE RÉFÉRENCE ET SYNTAXE PRÉDICATION
CE QUI, CE QUE : C.Q.F.D.
Pierre LE GOFFIC
Larticle propose une vue densemble des emplois du tour ce qu- en français.
Il dégage dabord sa raison dêtre fondamentale, qui est de suppléer aux
carences (mal expliquées) du pronom « non humain » quoi / que : Dis-moi *quoi
tu as fait > Dis-moi ce que tu as fait. Le groupe ce qu- réalise en deux
mots ce que fait quoi en un seul mot : introduire une variable du domaine
« non humain ». Un groupe ce qu-... est donc à la fois un GN, par formation
(antécédent ce + relative), et léquivalent possible dune subordonnée,
par supplétisme. A partir de là, larticle étudie successivement les différents
emplois du tour :
1. percontatifs (« interrogatifs indirects » : Dis-moi ce
que tu as fait) ou intégratifs (« relatifs sans antécédent » : Ce qui se conçoit
bien sénonce clairement),
2. anaphoriques : Il a refusé, ce que je comprends,
3.
complétifs : Je tiens à ce que vous veniez,
4. comme GN « de quantité » : Ce
que Jean peut être assommant ! Il est plus jeune que ce que je pensais,
en
dégageant son unité et sa diversité.
Mots-clés : FRANÇAIS SYNTAXE CE, MOTS
QU- CE QU- SUBORDINATION GN
re- et les différentes manifestations de litérativité
Denis APOTHELOZ
Cet article se présente comme une étude des aspects sémantiques, lexicaux
et morphophonologiques de la préfixation re- en français.
Du point de vue
sémantique, lapproche adoptée consiste à postuler que re- peut être ramené,
par-delà les nombreux effets de sens quil produit dans le lexique, à un
unique foncteur mono-argumental, intuitivement représentable par la glose
« à nouveau (x) ». La diversité des valeurs sémantiques quil produit sexplique
alors par le type de linformation susceptible dinstancier la variable
x de ce foncteur. Lexamen de quelques cas types conduit à distinguer au
moins quatre situations, nommées ici : (i) itération du procès, (ii) itération
de lévénement, (iii) itération de lactivité, et (iv) itération dun paramètre
du verbe base. Ces quatre situations rendent compte des deux classes majeures
deffets de sens engendrés par re : les sens itératifs (situations (i),
(ii) et (iii)) et les sens annulatifs (situation (iv)).
Du point de vue
lexical, le schème constructionnel marqué par re- est associé, à travers
ses effets de sens annulatifs, à la relation dantonymie directionnelle.
Cette relation engendre des sortes de micro-systèmes lexicaux. On montre
quil convient de distinguer deux types dantonymes directionnels, nommés
ici « antonymes lexicaux » et « antonymes discursifs ». Seuls les antonymes
discursifs (type monter vs redescendre) dépendent de re-. Ils sont discursifs
en ceci quils comportent une dimension intrinsèquement anaphorique.
Du
point de vue morphophonologique, re- présente un double fait variationnel :
dune part une allomorphie au sens classique du terme ; dautre part un
phénomène de morphème « opportuniste », napparaissant que dans un environnement
morphophonologique particulier : une base débutant par une voyelle (type
ré-insérer). Ce morphème présente la caractéristique dexclure les valeurs
annulatives. Cet ensemble de propriétés, quon retrouve presque à lidentique
dans la préfixation négative in-, permet de conclure à lexistence de deux
morphèmes re-. Ces deux variantes de re- correspondent à ce quon appelle
parfois, en morphologie constructionnelle, « affixe primaire » et « affixe
secondaire ».
Mots-clés : PRÉFIXE RE- FONCTEUR VARIABLE SENS ITÉRATIF
SENS ANNULATIF SCHÈME CONSTRUCTIONNEL ANTONYMIE DIRECTIONNELLE MORPHÈME
« OPPORTUNISTE »
Le dialogue au collège
Annie KUYUMCUYAN
En étudiant l'apprentissage du dialogue au collège, on est tout d'abord
conduit à s'interroger sur sa place dans les « formes fondamentales de discours »,
formes dont la maîtrise constitue la finalité de l'enseignement du français
dans le premier cycle selon les instructions officielles. Un rapide examen
de ces « formes fondamentales » montre cependant que leur définition est
loin d'être homogène et que les modalités de leur définition, qu'on l'entende
en extension ou en intension, ne sont pas clairement arrêtées, faute notamment
de niveaux d'analyse précisément définis. Il en résulte un certain flottement
dans les « formes de discours », dont témoigne notamment la place incertaine
faite au dialogue. La conception qui en ressort au bout du compte, et le
sort pédagogique qui lui est finalement réservé massivement relayés par
les manuels , sont à la mesure de ces atermoiements : très conventionnels
et notoirement insatisfaisants. Conçu comme une séquence exclusivement
littéraire, le dialogue est uniquement appréhendé dans sa relation au texte
narratif et théâtral, BD et cinéma inclus, mais sans que soit un seul instant
envisagé le rôle fondamental qu'il joue dans la genèse et la structuration
de l'activité de parole quotidienne.
En résultent, dans les manuels, une
présentation tronquée, réductrice (pour ne pas dire fautive) sur le plan
énonciatif, une conception séquentielle pour le moins discutable, et surtout
une représentation tout à fait inadéquate des rapports de l'écrit et de
l'oral.
Mots-clés : DIALOGUE FORME DE DISCOURS ANALYSE LITTÉRAIRE ORAL/ÉCRIT
APPRENTISSAGES DU COLLÈGE
Comment former a lenseignement de la ponctuation ?
Analyse de pratiques
effectives de formation initiale
Véronique PAOLACCI, Claudine GARCIA-DEBANC
Lintroduction dans les Programmes de lécole élémentaire 2002 de lobservation
réfléchie de la langue pose la question de son enseignement mais aussi
de la formation à cet enseignement. Dans le cadre de notre article, nous
envisagerons lobjet linguistique de la ponctuation. Longtemps considérée
comme la propriété des typographes, la ponctuation est un objet denseignement
qui résiste aux enseignants. Entre norme et usage, écrit et oral, production
et réception, la ponctuation est exemplaire. Comment former des enseignants
débutants à son enseignement ? Comment amener ces professeurs stagiaires
à interroger leurs conceptions ? Notre analyse est basée sur lanalyse de
séances de formation dans les filières des professeurs décole (PE) et
des professeurs de collège et de lycée (PLC). Les données recueillies instruisent
aussi, par voie de conséquence, une réflexion sur lentrée dans le métier
denseignant.
Mots-clés : ENSEIGNEMENT DE LA PONCTUATION ENSEIGNEMENT DE
LA LANGUE FORMATION INITIALE PRATIQUES EFFECTIVES
Les activités définitionnelles au service des apprentissages lexicaux
Sylvie PLANE
Cet article porte sur lécriture de définitions et plus largement sur les
activités définitionnelles, en cherchant à caractériser les pratiques scolaires,
avérées ou envisagées, et à les distinguer des pratiques expertes qui sont
elles du ressort du lexicographe.
Larticle sintéresse dans un premier
temps à lexamen de deux questions que le lexicographe a à traiter mais
qui pèsent également sur les activités définitionnelles scolaires : la décomposition
sémantique des lexèmes, entachée du risque de confusion entre le mot et
le référent et imparfaitement apte à rendre compte des fonctionnements
discursifs, et les problèmes posés par les différents systèmes dorganisation
de la définition.
La seconde partie de larticle est consacrée à lexamen
des variantes offertes à lenseignant lorsquil met en place des activités
définitionnelles et à lintérêt didactique quelles présentent. On examine
ainsi les avantages respectifs des activités programmées et des activités
incidentes, lintérêt du travail portant sur des mots rares et difficiles
et celui du travail portant sur des mots dits faciles, ceci à partir de
lanalyse de productions délèves de collège, et enfin le profit que lon
peut tirer de simples ébauches de définitions, surtout si elles sont collectives
et cumulatives. A cette occasion on plaide en faveur dune certaine souplesse
en signalant le rôle figeant et sclérosant que peuvent jouer les définitions.
Mots-clés :
LEXIQUE DÉFINITION DIDACTIQUE ÉCRITURE SÉMANTIQUE LEXICOGRAPHIE ANALYSE
SÉMIQUE ACTIVITÉS DÉFINITIONNELLES CATÉGORISATION FONCTIONNEMENTS DISCURSIFS
Capacités langagières en production non fictionnelle
Marceline LAPARRA
La capacité des élèves à se servir du français écrit pour construire des
savoirs et des savoir faire disciplinaires nest en général travaillée
quen réception et peu ou mal en production. En témoignent les réponses
fournies par eux à certains exercices de lévaluation nationale de français
passée au début de la première année du collège. Les élèves éprouvent alors
des difficultés spécifiques à la fois au plan référentiel, cognitif et
linguistique (il sagit de problèmes où interagissent des contraintes sémantico-lexicales
et des contraintes syntaxiques). Ces difficultés pourraient être le support
dactivités réflexives sur la langue menées en classe dans le cadre dun
enseignement décloisonné de la grammaire.
Mots-clés : LANGUE DES APPRENTISSAGES
CORPUS ÉCRIT LEXIQUE COMMUN LEXIQUE SAVANT
De la 6e à la 1re, comment mobilisent-ils leurs connaissances sur la langue
dans des tâches dexplication ?
Marie-Laure ELALOUF
Partant du constat que les élèves sont très tôt capables de faire des observations
sur le fonctionnement de la langue et de produire des raisonnements mais
ne mobilisent pas toujours des connaissances grammaticales pertinentes
dans les tâches scolaires, nous avons tenté de comprendre ce paradoxe en
proposant un même questionnaire de la 6e à la 1re. La conception de ce
questionnaire est fondée sur trois hypothèses :
le niveau danalyse linguistique
auquel sont sensibles les élèves dépend des contextes dobservation proposés ;
il
ne correspond pas nécessairement à celui attendu par le professeur ;
les
tâches dexplication ne relevant pas dune pratique scolaire courante,
du moins à lécrit, elles se heurtent à dautres procédures, plus mécaniques.
Létude
longitudinale des réponses permet de vérifier ces hypothèses, tout en montrant
une progression constante des réponses justes, qui se stabilisent autour
de 75% en 1re STT et de 100% en 1re S. Des différences apparaissent selon
que les observations demandées portent sur la grammaire de phrase ou relèvent
du texte et du discours, mais aussi, selon que les faits observés peuvent
ou non être corrélés avec des termes grammaticaux connus, ces derniers
faisant souvent écran. Létude permet de dégager quatre profils délèves,
présents aux différents niveaux denseignement dans des proportions variables.
Le profil médian se caractérise par une capacité à mobiliser des connaissances
« intuitives » sur la langue, souvent en décalage avec des savoirs métalinguistiques
en partie « fossilisés », une terminologie plus ou moins stabilisée et des
procédés didentification sollicités de façon quasi mécanique.
Mots-clés :
OBSERVATIONS FONCTIONNEMENT DE LA LANGUE ENQUÊTE CONNAISSANCES GRAMMATICALES
Un exemple de manipulation grammaticale : le tri de phrases au CE2
Pierre PÉROZ, Mireille DELABORDE
Lauteur montre comment, à loccasion dune activité de tri de phrases
au CE2, on peut amener les élèves à une véritable posture métalinguistique.
La mise en uvre dune véritable démarche dappropriation permet aux élèves
daboutir à des formulations grammaticales dune grande finesse.
Mots-clés :
ORL (OBSERVATION RÉFLÉCHIE DE LA LANGUE) GRAMMAIRE TYPES DE PHRASES POSTURE
MÉTALINGUISTIQUE
Observations de la langue dans des activités de correction au lycée
Noëlle CORDARY
Parler de la place de la langue dans les activités de correction au lycée
induit à penser seulement à la correction de lorthographe. Cet article
sattache à recenser en quoi et comment les activités de correction de
la langue peuvent contribuer à « une maîtrise sans cesse accrue de la langue »,
et à montrer que corriger lécriture au lycée en se centrant sur la langue
peut être autre chose que la remédiation orthographique ou syntaxique.
Pour
cela, lauteure rappelle la place des activités orthographiques dans le
processus rédactionnel et présente certaines difficultés récurrentes que
les scripteurs rencontrent dans le processus de mise en mots.
Puis elle
sattache à montrer que lactivité de correction peut contribuer à installer
un rapport réflexif à la langue : en tant quactivité spécifique, différée
et distincte de lactivité de production, elle peut être un temps de réflexion
sur la pratique de lécriture. Elle consiste à entrainer les élèves à rechercher
leurs erreurs, à revenir sur leurs hésitations et indécisions, à commenter
ce quils ont fait, à expliciter leurs stratégies. Lactivité de correction
est un espace où se construisent les commentaires métadiscursifs.
Mots-clés :
GRAMMAIRE DE LA PRODUCTION GRAMMAIRE DE LERREUR RAPPORT RÉFLEXIF AU
LANGAGE MÉTACOGNITION
Indicateurs langagiers et stratégies scripturales Du discours à la langue
Caroline MASSERON
Larticle analyse six textes délèves produits dans le cadre de lévaluation
nationale en classe de CE2. Lexposé méthodologique et les conclusions
de chaque étape danalyse font apparaître trois stratégies scripturales
dominantes assorties de leurs indicateurs langagiers, lexicaux notamment.
Les stratégies repérées sont respectivement sémantique (leffet résumé
dun texte globalement narratif), grapho-lexicale (leffet liste dun texte
qui se renouvelle par les unités lexicales) et pragmatique (leffet dialogue
dun texte dont la cohésion tient aux actes de paroles). Dans un second
temps, larticle cherche les moyens daméliorer les performances identifiées
en spécifiant des activités épilinguisques et en les ajustant aux énoncés
effectifs (fréquence et importance de certains verbes, travail sur les
séquences pronominales). Larticle sefforce enfin de montrer que la stratégie
scripturale dun jeune élève permet de situer la compétence grammaticale
(la formation de lénoncé phrastique) entre lintention pragmatique (le
discours) et la morphsyntaxe du verbe (la construction du prédicat verbal).
Mots-clés :
PRODUCTIONS ÉCRITES MÉTHODOLOGIE DANALYSE STRATÉGIES SÉMANTIQUE, LEXICALE,
PRAGMATIQUE BESOINS LANGAGIERS ACTIVITÉS ÉPILINGUISTIQUES SÉQUENCES
PRONOMINALES MORPHOSYNTAXE DU VERBE DISCOURS GRAMMAIRE DE PHRASE
HAUT DE PAGE - N° 125/126
© CRESEF - Tous droits réservés
|