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N° 123/124,
« Polyphonie »
Polyphonie et autres formes dhétérogénéité énonciative : Bakhtine, Bally,
Ducrot, etc.
Laurent PERRIN
Cette étude porte sur la dimension parfois qualifiée de dialogique ou polyphonique
du langage. En partant des écrits du linguiste russe Mikhaïl Bakhtine,
qui en a fait des concepts opératoires en sciences du langage, nous tenterons
dévaluer ce quil advient aujourdhui de ces notions dans le cadre de
différentes approches énonciatives du sens.
Les approches en question sinscrivent
dans une tradition dont lun des pionniers, à qui lhistoire na sans doute
pas encore complètement rendu justice, est incontestablement Charles Bally.
Oswald Ducrot reconnaît notamment avoir puisé chez Bally certaines observations
fondatrices de sa conception selon laquelle les phrases de la langue qualifient
leur propre énonciation comme émanant de différentes voix, de différents
points de vue.
Après celles de Bakhtine et de Bally, certaines propositions
de Ducrot seront prises en compte et confrontées à dautres approches.
Il apparaîtra que cette notion de polyphonie est encore loin dêtre stabilisée,
mais quelle annonce peut-être un vrai renouvellement de nos conceptions
du sens. À condition de sentendre et de parvenir à harmoniser les forces
en présence, les approches et tentatives de descriptions diverses, portant
sur des faits polyphoniques plus ou moins apparentés. Cette étude voudrait
y contribuer.
Mots clés : LINGUISTIQUE ANALYSE DU DISCOURS POLYPHONIE DIALOGISME
ÉNONCIATION SÉQUENCE ÉCHO REFORMULATION POINT DE VUE SUJET PARLANT
LOCUTEUR ÉNONCIATEUR
Reformulations et polyphonie
Mohamed KARA
Larticle sattache à décrire des séquences de reformulations paraphrastiques
et non paraphrastiques, sous un angle spécifiquement polyphonique. Après
une évocation des distinctions généralement retenues entre les deux formes
identifiées de la reformulation, le propos se centre sur les marqueurs
reformulatifs et les comportements polyphoniques quils impriment aux séquences
discursives dans lesquelles ils sont insérés. Quelle que soit leur nature,
ces marqueurs soulignent des partitions énonciatives internes ou externes,
au service de la construction dun ethos discursif. Dans le premier cas
on parlera dipséité au sens où la polyphonie est commandée par la partition
du locuteur ; dans le second on parlera dextranéité dans la mesure où la
reformulation est légitimée par une instance extérieure au scripteur : code,
doxa, encyclopédie ou encore recours aux faits (factualité).
Mots clés :
REFORMULATIONS DISCURSIVITÉ LOCUTEURS POLYPHONIE CONNECTEURS REFORMULATIFS
INSTANCES DE VALIDATION IPSÉITÉ EXTRANÉITÉ ETHOS DISCURSIF ARGUMENTATION.
Les modes du discours rapporté dans la presse et leurs enjeux polyphoniques
Greta KOMUR
Cet article poursuit un double objectif :
rappeler, en forme de synthèse,
les différentes caractéristiques des trois formes de discours rapporté
(DR) que sont le DD, le DI et le DIL. Pour ce faire, on examine les définitions
proposées tant par les grammaires françaises que par les ouvrages théoriques
consacrés au discours rapporté ;
décrire lusage de ces trois formes que
font les articles de presse.
Il apparaît ainsi que la presse écrite a recours
aux différentes formes canoniques de DR. On constate, surtout, quelle
contient aussi des formes qui se caractérisent soit par le cumul des marques
caractéristiques des trois formes canoniques, soit par labsence de marques
distinctives.
Pour les premières, nous avons réservé lappellation de « formes
mixtes », pour les deuxièmes, nous avons choisi le terme « darchi-formes ».
En
conclusion, l'article formule quelques hypothèses concernant la présence
de ces formes en rapport avec laspect polyphonique de lénonciation journalistique.
Mots-clés :
PRESSE ÉCRITE TYPES DE DISCOURS RAPPORTÉS DIALOGISME POLYPHONIE
Pour une lecture polyphonique. Assia Djebar : langage tangage, langage tatouage
Raymond MICHEL
Létude de la polyphonie, dans la littérature, peut prendre plusieurs voies,
par exemple, pour aller vite : analyse de lintertextualité et de linterdiscursivité,
description de linscription dans le texte de voix diverses (allusion,
citation, paraphrase)... Ici, le choix a été un peu différent, même sil
présuppose, bien évidemment, les acquis des descriptions que lon vient
de nommer. La problématique majeure de notre parcours critique a été centrée
sur ce qui se joue dans une écriture, à prétention littéraire, lorsque
le sujet écrivant est aux prises avec plusieurs voix. Le cas dAssia Djebar,
et en particulier son roman LAmour, la fantasia, nous a paru exemplaire,
car il sarticule autour de deux questions essentielles : comment faire
entendre les « voix ensevelies » des femmes privées de parole ? comment faire
entendre sa voix, originairement arabe et berbère, dans la langue de lAutre,
loccupant français ? Pour ce faire, après avoir tracé la trajectoire dAssia
Djebar, nous avons tenté de montrer, à propos de LAmour, la fantasia,
quel intérêt nous avions à nous souvenir du sens musical du mot polyphonie.
Puis, soucieux de mettre en avant une lecture polyphonique, rappelant la
méthode des passages parallèles, si chère à lherméneutique, il nous a
paru opportun de confronter notre texte de référence à dautres textes,
toujours dans le souci de penser les différentes facettes de la polyphonie
quand elle travaille le texte littéraire. Ainsi constamment nous avons
sollicité lépitexte djebarien, en particulier Ces voix qui massiègent.
Puis nous avons fait dialoguer le texte romanesque étudié avec différentes
notions empruntées à des champs épistémique différents : la psychanalyse,
avec la notion de lentre-deux, comme figure de lorigine (entre-deux-langues,
entre-deux-cultures) telle que la développée Sibony ; la « critique et la
clinique », avec la notion de littérature mineure (peuple mineur, territorialisation
et déterritorialisation de la langue, langues mineur et majeur, rhizome...)
empruntée à Deleuze et Guattari. Cet éclairage nous a semblé efficace pour,
à la fois, décrire une pratique décriture (Assia Djebar), et penser dune
façon dynamique la notion de polyphonie en termes décriture en acte. Enfin,
comme contrepoint de la position et de la posture dAssia Djebar, il nous
a semblé intéressant dévoquer Le Monolinguisme de lautre de Jacques Derrida,
qui affirme abruptement : « Je nai quune langue, ce nest pas la mienne ».
Une définition aporétique dune « polyphonie négative » ?
Mots clés : ASSIA
DJEBAR LAMOUR, LA FANTASIA SIBONY ENTRE-DEUX DELEUZE GUATTARI LITTÉRATURE
MINEURE DERRIDA MONOLINGUISME POLYPHONIE LITTÉRATURE FRANCO-MAGRAHÉBINE
BILINGUISME CRITIQUE LITTÉRAIRE VOIX FÉMININES ORIGINE HISTOIRE FICTION
Un album « polyphonique » au cycle III : Histoire à quatre voix dAnthony
Browne
Anne LECLAIRE-HALTÉ
Les documents dapplication des programmes (Littérature cycle des approfondissements)
préconisent la lecture de certains ouvrages de littérature de jeunesse :
« Les
uvres qui ont été sélectionnées permettent aux enfants dinterroger les
valeurs qui organisent la vie et lui donnent une signification. » (2002 :
8)
Après avoir montré, à titre dexemple, la complexité formelle de lun
de ces ouvrages préconisés, Histoire à quatre voix dAnthony Browne, nous
rendons compte dun entretien semi-dirigé avec des élèves de CM1 après
leur première lecture de cet album. Cet entretien met en évidence :
que
la polyphonie (ici au sens de polyfocalisation narrative) est loin dêtre
la seule source de difficulté rencontrée par les élèves ;
que la quantité
de problèmes formels rencontrés lors de cette première lecture est un obstacle
à toute lecture identificatoire et/ou émotionnelle.
Lenseignant ne doit-il
pas alors clarifier ses objectifs en matière de formation du jeune lecteur
selon le type douvrage quil propose à ses élèves ? Et ne peut-on avancer
que des livres et albums peu sophistiqués formellement peuvent néanmoins
être intéressants en ce quils suscitent lecture identificatoire et émotions
et permettent des débats sur les valeurs tout autant que des ouvrages à
visée plus esthétique ?
Mots-clés : COMPRÉHENSION GENRE LECTURE LITTÉRATURE
DE JEUNESSE IMAGE SÉMIOTIQUE VOIX
Discours rapportés dans les brouillons délèves : vrai dialogisme pour une
polyphonie à construire
Catherine BORÉ
Cest à la question des discours rapportés quest circonscrite, dans cet
article, la question de la polyphonie et plus particulièrement, à la manière
dont les jeunes scripteurs sy prennent pour représenter la conscience
dautrui dans les récits de fiction.
En suivant la méthodologie de la critique
génétique, lauteur de larticle entend mettre au jour les formes successives
auxquelles les scripteurs ont recours pour inscrire le discours des personnages
de fiction au sein du discours du locuteur. Lhypothèse principale est
quils utilisent en priorité un modèle « communicationnel » selon lequel
raconter, cest dabord « parler » ; la dominance du dialogue comme mode principal
du récit (locuteur/lecteur, locuteur/énonciateurs, énonciateur/énonciateurs)
ainsi que lemploi des verbes de communication plutôt que de conscience
entraîne des dysfonctionnements énonciatifs, syntaxiques, sémantiques,
qui sont analysés comme non polyphoniques ou proto-polyphoniques ; les erreurs
sont en effet souvent lindice de découvertes « en germe » que seule l'acquisition
de nouvelles formes syntaxiques et sémantiques (lincise, la réflexivité
et la syntaxe de certains verbes de pensée, lemploi de certains imparfaits
etc.) permet de transformer en procédés maîtrisés. Cette polyphonie en
construction se double simultanément dun travail dialogique entre les
brouillons, le scripteur dialoguant ainsi avec lui-même, représentant et
(se) représentant en lextériorisant « lautre » des brouillons.
Mots-clés :
BROUILLON NORME DIALOGUE DIALOGISME POINT DE VUE PROTO-POLYPHONIE
CONSCIENCE DAUTRUI DISCOURS INTÉRIEUR
La polyphonie des discours argumentatifs : propositions didactiques
Caroline MASSERON, Agnès AURICCHIO, Claude PERRIN-SCHIRMER
Ecrit dans la perspective dun enseignement de largumentation en classe
de troisième, cet article, publié une première fois en 1992, suit une progression
qui conduit de la macro-structure argumentative à lanalyse de quelques
faits de langue caractéristiques dun démarquage locuteur / énonciateur.
Dans cette perspective, on sattache notamment à expliciter les fondements
polémiques de toute argumentation et à rappeler les facteurs qui permettent
de construire, interprétative ment, une énonciation ironique. Larticle
qui sappuie sur une série darticles de presse présente un certain nombre
danalyses et dactivités portant sur le pronom « caméléon » "on".
Mots-clés :
DISCOURS ARGUMENTATIFS CONTRE-ARGUMENTATION DISCOURS DE PRESSE POLYPHONIE
LOCUTEUR / ÉNONCIATEUR LEXEMPLE DU PRONOM "ON" DISCOURS IRONIQUE ACTIVITÉS
DE LECTURE ET DE PRODUCTION
Apprentissage du discours indirect libre et écriture d'invention
Bertrand DAUNAY
Larticle présente les conditions de lélaboration dune séquence didactique
sur le discours indirect libre dans le cadre dune recherche sur lécriture
dinvention au collège et au lycée. Dans une première partie sont examinés
les choix faits par le groupe de recherche dans la transposition didactique
de la notion, ce qui amène à exhiber et à discuter les présupposés théoriques
de ces choix mais aussi à interroger les problèmes que pose le processus
de transposition didactique lui-même. Dans une deuxième partie est décrite
la séquence didactique mise en uvre effectivement dans les classes, afin
dexaminer les problèmes épistémologiques et méthodologiques quengendre
la construction dune séquence didactique sur la notion de discours indirect
libre.
Mots-clés : DIDACTIQUE DE LA LITTÉRATURE DIDACTIQUE DU FRANÇAIS DISCOURS
INDIRECT LIBRE DISCOURS RAPPORTÉ ÉCRITURE DINVENTION POLYPHONIE SÉQUENCE
DIDACTIQUE TRANSPOSITION DIDACTIQUE
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