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N° 119/120,
« Les écritures théâtrales »
Le problème du point de vue dans le texte de théâtre
Alain RABATEL
Lintrication des dimensions narrative et argumentative des interactions
verbales qui sont la trame du texte théâtral (un récit de paroles à la
valeur pragmatique déterminante) invite à revenir sur la définition du
point de vue (PDV). Sur un plan énonciatif, le PDV correspond à tout ce
qui, dans la référenciation des objets (du discours) révèle, dun point
de vue cognitif, une source énonciative particulière (locuteur/énonciateur
ou énonciateur) et dénote, directement ou indirectement, ses jugements
sur les référents, à travers des manières de voir ou des opinions embryonnaires
ou encore à travers des argumentations plus élaborées. Le PDV, du fait
de sa nature radicalement polyphonique, permet au locuteur dexprimer son
PDV personnel ou de se positionner face aux PDV de ses interlocuteurs.
Ainsi, les énoncés en apparence les plus anodins ont une valeur argumentative
directe ou indirecte et incarnent linguistiquement les dimensions psychologique,
idéologique ou sociologique des personnages construites par linteraction
même. Autrement dit, le PDV aide à linterprétation du texte théâtral par
le biais de lenrichissement énonciatif de la dimension interactionnelle,
notamment par lanalyse des postures de co-énonciation, de sous-énonciation
ou de sur-énonciation. Ces postures énonciatives, qui ne sont pas le simple
reflet de la place des locuteurs, correspondent à lengagement énonciatif
des locuteurs entrant en jeu dans la co-construction dun PDV commun (co-énonciation),
dominé (sous-énonciation) ou dominant (sur-énonciation).
Mots-clés : POINT
DE VUE POLYPHONIE ETHOS ARGUMENTATION DIRECTE ET INDIRECTE CO-ÉNONCIATION
SUR-ÉNONCIATION SOUS-ÉNONCIATION
Poétique et dramaturgie : les didascalies de personnage.
Exemple du théâtre
de Georges Feydeau
Maria MYSZKOROWSKA
Les didascalies aident le lecteur dans la création du monde diégétique
(didascalies diégétiques) et en même temps elles précisent les conditions
de la représentation (didascalies scéniques). En fonction de ces deux aspects
des didascalies, nous proposons trois types principaux de didascalies :
les didascalies temporelles, locatives et de personnage. Notre article
se focalise sur les didascalies de personnages en prenant comme exemple
le théâtre de Georges Feydeau. Les didascalies de personnage sont nombreuses
chez cet auteur et elles comblent la vision « trouée » qui ressort des
échanges de répliques. Elles fonctionnent à deux niveaux : celui de la description
stricte et celui du mouvement dramaturgique de toute la pièce.
Lécriture
didascalique quand elle porte sur les désignations et laspect physique
des personnages, est une écriture surtout diégétique qui se rapproche de
la description romanesque. Les didascalies du personnage en mouvement sont
beaucoup plus dynamiques et témoignent du souci constant de Feydeau de
trouver un ton exact dans la prosodie, la précision des mimiques et lexactitude
dans les gestes et les mouvements scéniques des personnages.
Nous espérons
que nos propositions vont au-delà de cette étude de cas exemplaire et ont
lambition de servir du modèle pour dautres analyses du texte didascalique
quel que soit lauteur.
Mots-clés : DÉSIGNATION DIDASCALIES DIÉGÉTIQUES
DIDASCALIES SCÉNIQUES EXPRESSION DU PERSONNAGE FEYDEAU GESTES KINÉSIQUE
MIMIQUES MOUVEMENTS PROPSOPOGRAPHIE PROSODIE PROXÉMIQUE
Problématisation du personnage dramatique
André PETITJEAN
Le personnage théâtral est une entité à double manifestation possible,
sous la forme d'un être « virtuel » à l'intérieur du texte dramatique et
d'un être « concrétisé » au moment de son incarnation scénique par le comédien.
En précisant que nous avons limité la réflexion au personnage dramatique,
on peut dire que ce dernier possède les propriétés, intentionnelle, ontologique
et anthropologique, inhérentes à toute fiction. En tant que figure textuelle
particulière, le personnage dramatique résulte d'un effet conjugué de la
simulation verbale (feintise d'actes mentaux, d'actes de langage, d'états
émotionnels et relationnels) attribués aux participants de la dialogie
interne et de la dissimulation communicationnelle afférente aux partenaires
de la dialogie externe. L'affirmation est à moduler, bien sûr, selon les
époques, les esthétiques, les genres et les auteurs.
Au-delà de ce point
de vue sémio-linguistique sur le personnage, il importe aussi d'expliquer
en quoi le personnage dramatique est un foyer axiologique, épistémique
et esthétique, vecteur de l'interaction entre le texte et son double contexte,
de production et de réception.
Mots-clés : PERSONNAGE DRAMATIQUE ONTOLOGIE
FICTIVE IMMANENCE TEXTUELLE PROBLEMATISATION HISTORIQUE et CULTURELLE
Approches de la représentation
Catherine TREILHOU-BALAUDÉ
La représentation théâtrale, déploiement dans un espace et dans un temps
propres d'acteurs parlant et agissant devant un public, comporte plusieurs
pôles et suscite plusieurs types d'approche. Qu'il s'agisse de chercher
dans la représentation la mise en scène d'un texte, de décrire dans leur
autonomie les signes de la représentation, ou de s'intéresser à l'interaction
avec le spectateur, toute approche de la représentation se doit de suivre
et de caractériser les déplacements et l'ouverture incessants du champ
du représentable.
Mots-clés : ACTEUR LANGAGE REPRÉSENTATION SPECTATEUR
TEXTE THÉÂTRE
La représentation théâtrale ou le pouvoir du verbal. Sur l'exemple
de tragédies
classiques françaises et de tragédies d'Eschyle
Blanche-Noëlle GRUNIG
En partant des trois repères énonciatifs bien connus nous proposons quelques
analyses dordre linguistique et neuropsychologique. Certes, cest en règle
générale le personnage plutôt que lacteur qui dit JE. Mais la relation
entre acteur et spectateur(s) nen est pas moins forte. Nous soulignons
en particulier que chaque spectateur est relié de façon physique à tel
ou tel acteur : la voix joue évidemment son rôle mais tout autant la participation
dun spectateur à la posture et au mouvement dun acteur, sur le fondement
dune mémoire dynamique que ce spectateur tient inscrite dans son propre
cerveau. En ce qui concerne le repérage temporel nous insistons sur la
capacité de grands tragiques grecs, singulièrement dEschyle, à maîtriser
grâce au chur le passé, le présent et le futur sur le fondement des forces
coercitives du destin. Tout ceci dune façon plus directe et plus magistrale
que les artifices raisonnables de la tragédie classique française. Le troisième
repérage nous permet détendre le repère strictement local à lespace qui
se déploie autour de lui par divers artifices scéniques mais surtout par
le pouvoir inégalé du verbal. En exploitant le résultat de recherches approfondies
par des neuropsychologues nous soulignons en effet que, grâce au verbal
entendu, le spectateur « voit » mentalement plus que ce que lui offre la
scène concrète devant ses yeux. Le problème à poser est celui de la compatibilité
de ces deux visions.
Mots-clés : ÉNONCIATION COGNITION VISUALISATION TEMPORALITÉ
ESCHYLE
Ecritures théâtrales contemporaines : état des lieux
Jean-Pierre RYNGAERT
II est beaucoup question des écritures théâtrales contemporaines ces dernières
années, après le long passage à vide des années soixante et soixante-dix.
Ce retour des auteurs s'accompagne, pour une partie du nouveau répertoire,
d'un foisonnement de formes qui rompent avec les traditions du drame au
sens de Peter Szondi. Sur fond de mouvements institutionnels qui visent
à aider la création, il s'agit de repérer les innovations dramaturgiques
les plus évidentes, de celles qui rénovent l'ancien drame pour raconter
comme elles l'entendent, à celles qui rompent radicalement avec l'ancien
modèle et répondent aux critères du postdramatique telles que les définit
Hans-Thies Lehmann dans un livre récent.
Ainsi le théâtre français innovant
semble-t-il s'orienter vers un théâtre des paroles, ou de la parole, théâtre
de pure construction langagière qui concerne aussi bien les énoncés que
la façon dont la parole se forme ; il perturbe le système énonciatif aussi
bien que les formes traditionnelles du dialogue, modifiant les places respectives
de l'auteur et du lecteur-spectateur.
Mots-clés : ÉCRITURES CONTEMPORAINES
DRAME DRAMATIQUE CONVENTIONS DIALOGUE PAROLE ÉNONCIATION POST DRAMATIQUE
Le personnage contemporain et ses états... (de paroles)
Julie SERMON
La notion de personnage est une des articulations majeures des bouleversements
et des renouvellements littéraires mis en uvre tout au long du 20e siècle :
les auteurs n'ont cessé d'interroger et de mettre en crise ses codes de
représentation traditionnels, jusqu'à parfois évincer toute identité fictive
repérable. Dans les écritures dramatiques, cette question du personnage
s'avère d'autant plus problématique qu'elle engage, lors du passage à la
scène, une réflexion sur la place et le statut de l'acteur : que se joue-t-il
en effet dès lors qu'il n'a plus d'êtres dignes de ce nom à incarner ? L'apparition,
ces dernières décennies, d'un « théâtre de la parole », semble pouvoir
permettre, enfin, de sortir d'un constat de crise. Cet article se propose
donc, d'une part, de repérer et d'analyser comment, par la parole, se (dé)construit
le personnage, d'envisager d'autre part les qualités spécifiques de son
nouveau mode d'être théâtral. En s'interrogeant sur les moyens critiques
d'en rendre compte, il s'agira, autant que possible, de tracer les perspectives
de représentation et les enjeux poétiques inhérents à cette conception
renouvelée du personnage dramatique.
Mots-clés : THÉÂTRE DE LA PAROLE
ÉNONCIATION PSYCHOLOGIE EFFET PERSONNAGE ONTOLOGIE FICTIVE ONOMASTIQUE
DRAMATURGIE POÉTIQUE LITTÉRAL
Le répertoire théâtral contemporain pour les jeunes : panorama et pistes
ouvertes
Marie BERNANOCE
Cet article brosse un panorama du répertoire de théâtre jeunesse contemporain
en le situant tout d'abord dans plusieurs cadres : son histoire sur les
scènes et dans le monde éditiorial, dans son rapport au théâtre tout public ;
sa place dans l'institution et les pratiques scolaires. Il s'agit ensuite
d'en définir l'esthétique, à la fois sur le plan des thématiques et des
fonctionnements dramaturgiques : on y découvre que, loin d'être du sous-théâtre,
ce répertoire en pleine expansion éditoriale porte en lui, hors mis le
monologue, tous les traits du théâtre tout public dont il dénude les fonctionnements.
Il est temps d'enseigner à la fois Molière et les auteurs contemporains.
Mots-clés :
ENSEIGNEMENT ÉDITION RÉPERTOIRE THÉÂTRE JEUNESSE ESTHÉTIQUE THÉÂTRALE
DIALOGUE MONOLOGUE FRAGMENT RÉCIT IMAGINAIRE LANGUE
L'adaptation théâtrale : une typologie de l'indécidable
Michel CORVIN
L'adaptation est largement insaisissable comme concept mais, comme réalité
historique et esthétique, elle est d'une richesse et d'une variété considérables.
Elle prend sa source dans l'imitation qui a fait les beaux jours de l'Europe
théâtrale, de la Renaissance à la fin du 18e siècle, l'antiquité gréco-latine
offrant à la métamorphose dramatique un fonds inépuisable de textes (pièces
de théâtre, poèmes épiques, récits historiques ou légendaires). Au 19e
siècle le roman a pris le relais pour des adaptations livresques sans doute,
mais orientées surtout vers la scène. Les auteurs dramatiques et les metteurs
en scène se sont donc succédé pour donner à l'adaptation un développement
dont la raison d'être esthétique a connu des mutations profondes depuis
une cinquantaine d'années, à telle enseigne qu'il est difficile de faire
le départ entre ce qui appartient en propre à l'adaptation, coincée entre
la traduction pure et la création à part entière. Aux raisons esthétiques
se sont ajoutées, anciennement, des motivations morales et religieuses
et, à l'époque contemporaine, des intentions politiques et sociales.
Mots-clés :
IMITATION ANTIQUITÉ GRÉCO-LATINE CLASSICISME TRADUCTION MISE EN
SCÈNE SOCIOLOGIE DE LA RÉCEPTION MORALE ET RELIGION ESTHÉTIQUE
DRAMATIQUE
Esquisse d'une histoire de la parodie théâtrale en France
Martine de ROUGEMONT
La caractéristique principale de la parodie théâtrale est son ambivalence :
déformation comique et dégradante d'une uvre théâtrale, elle dépend de
sa cible et renforce sa notoriété. En France, depuis la fin du XVIIIe siècle,
arme offensive d'abord dans la guerre des petits théâtres contre les grands,
elle induit une interdépendance : le succès de la cible garantit celui de
la parodie qui l'entérine. Une autre fonction s'ajoute dés la seconde moitié
du XVIIIe : la parodie épingle les innovations, drame bourgeois puis drame
romantique ; son idéologie est conservatrice, mais en surenchérissant sur
les déviances elle y familiarise le public. Cependant l'apparition de théâtres
expérimentaux à la fin du XIXe siècle, consacrant une spécialisation des
publics de théâtre, entraînera l'effacement de la parodie théâtrale en
tant que genre.
Mots-clés : AMBIVALENCE CIBLE COMIQUE DÉGRADATION DRAME
GENRE GUERRE DES THÉÂTRES INNOVATIONS INTERDÉPENDANCE PUBLIC
Jouer, lire, écrire du théâtre au collège
Daniel BESSONNAT
Ce bref compte-rendu dune expérience denseignement en matière de théâtre
conduite effectivement en collège vise à montrer que, pour peu quun certain
nombre de conditions matérielles soient réunies (effectif décent, horaire
approprié, mise à disposition de lieux dexpression ad hoc, possibilité
de reprographie
), il est possible de conduire un cycle dactivités multiformes,
autour des trois grand axes du dire, du lire et de lécrire, qui permette
aux élèves de sinitier de manière globale aux différentes facettes du
théâtre. Au cours du cycle de travail considéré, on a donc essayé de travailler
dans trois directions complémentaires : le jeu dramatique, la recherche
historique, sous forme délaboration de dossiers, et lécriture parodique
tout en choisissant délibérément de mener de front létude de plusieurs
uvres du patrimoine. Une façon de se prouver que le théâtre peut être
un puissant élément fédérateur des activités dapprentissage et non simplement
une parenthèse dans lannée scolaire.
Mots-clés : JEU PARODIE DOSSIER
CORPS LECTURE ÉCRITURE
Élaboration didactique du personnage théâtral
André PETITJEAN
Au collège comme au lycée, quand bien même les récents textes officiels
prescrivent de travailler tant sur le texte dramatique que sur son « interprétation
scénique », il faut bien reconnaître que l'étude du théâtre se réduit encore
trop souvent à la lecture et à l'explication d'uvres complètes ou d'extraits.
Encore
faut-il avoir conscience qu'on ne saurait lire une uvre dramatique comme
on le fait pour un texte romanesque. C'est l'objet de la première partie
de l'article que de statuer sur le type de lecture qu'induisent les particularités
de la textualité dramatique.
Dans la seconde partie, en limitant la réflexion
au problème du personnage, on propose des activités et des exercices qui,
selon leur objectif dominant, sont susceptibles de rendre les élèves capables
de mieux lire les textes dramatiques, voire de modifier leur regard de
spectateur.
Mots-clés : FICTION DRAMATIQUE PERSONNAGE LECTURE D'UN TEXTE
DRAMATIQUE APPRENDRE À LIRE ET À INTERPRÉTER UN TEXTE DRAMATIQUE
Des ateliers d'écritures
Daniel LEMAHIEU
Ces chantiers d'écritures ont en commun le désir d'écrire enfoui dans chaque
personne, en situation scolaire ou universitaire, mais aussi en formation
d'adultes, dans des groupes de jeunes en échec scolaire, etc. Le déroulement
d'un atelier varie selon les divers meneurs d'écritures. Le schéma général
d'une séance est néanmoins souvent le suivant : incitation, proposition,
exploration des gestes créatifs (en littérature, en musique, en peinture,
en sculpture, en théâtre aussi, etc. : comment les artistes maîtrisent-ils
leurs gestes, leur « tekhnê » ?), formulation d'embrayeurs, de consignes,
de contraintes, d'inducteurs, de déclencheurs, de générateurs, « d'impulseurs »,
temps d'écriture solitaire, retour à l'assemblée du chur des participants,
lecture à haute voix des textes, travail à vif, à chaud sur les productions,
retours du groupe, de l'animateur sur chaque écriture particulière, reprise
ou non du texte, tentative de composer dans un temps différent de l'atelier
une forme brève, un « chef d'uvre de compagnon », d'apprenti-écrivant, rédaction
d'un carnet de bord, d'un journal de travail où se notent, en une sorte
de soliloque, les réflexions du nouveau faiseur de partitions, les étapes
hésitantes et les réussites des parcours explorés.
Mots-clés : ATELIER D'ÉCRITURE
PHYSIQUE DU DIALOGUE DIALECTIQUE DE L'ATELIER L'HYPOTHÈSE LE MENEUR
LE CHUR LA FABRIQUE DU TEXTE L'AGGRAVATION LA RÉCRITURE
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