N° 115/116,
« L’écriture et son apprentissage »

Apprendre l’écriture : questions pour la didactique,
apports de la didactique

Sylvie PLANE

Cette contribution vise à présenter le colloque sur l’écriture et son apprentissage en exposant en premier lieu le contexte du questionnement actuel sur l’écriture et son apprentissage et en examinant rapidement les effets des récents changements institutionnels sur la configuration de la discipline, les pratiques scolaires, et le statut de l’élève scripteur.
Dans un second temps l’article signale que la réflexion développée dans ce colloque s’organise autour de la définition de l’espace dans lequel se joue l’écriture, et de la multiréferentialité des recherches centrées sur l’écriture ou sur son apprentissage.
Enfin, l’article évoque quatre problématiques émergentes, centrées sur :
– la bi-polarité des fonctions socioculturelles de l’écriture, dont l’apprentissage est envisagé comme visant à la fois la construction personnelle du sujet écrivant, et son entrée dans une communauté discursive ;
– les dimensions cognitives de l’acte d’écriture, telles qu’elles ont été mises en évidence grâce notamment à l’éclairage apporté par des recherches portant sur la production verbale, et au réexamen des interrelations entre l’oral et l’écrit ;
– la complexité de l’apprentissage de l’écriture, qui se doit de conjuguer les dimensions graphiques et les dimensions plus proprement scripturales de l’écriture, traiter l’articulation de différents niveaux linguistiques, coordonner des réponses à des contraintes contradictoires et prendre en compte l’épaisseur temporelle de l’entrée dans l’écriture ;
– les nouvelles formes de dialogue que la didactique de l’écriture cherche à établir avec d’autres disciplines de recherche ayant également pour objet d’étude l’écriture.
Mots clés : ÉCRITURE – ÉPISTÉMOLOGIE – APPRENTISSAGE – INTERDISCIPLINARITÉ – MULTIRÉFERENTIALITÉ

Didactique de l’écriture, didactique du français : vers la cohérence
configurationnelle

Jean-François HALTÉ

Très riche, la  didactique de l'écrit (DDE) est composite, voire hétéroclite. La DDE actuelle est le point d'aboutissement du mouvement de rénovation, dans ses aspects didactique et pédagogique. En l'état, elle fournit au mieux des savoirs à l'usage d'enseignants bien formés susceptibles de « bricoler » avec efficacité. La pédagogie de l'écrit, les mises en œuvre de projets et de situations de production, ont semble-t-il plus d'effets positifs sur les performances écrites que les savoirs didactiques proprement dits. Multidimensionnelle, la didactique de l'écrit désigne un champ de préoccupations hétérogènes et n'atteint pas les résultats escomptés en termes de savoir faire. L'échec en écrit (lecture / écriture) est toujours l'échec majeur en enseignement du français.
Au moment où la matière français se reconfigure, cf. les récentes I.O. pour l'élémentaire, la DDE gagnerait à cerner ses savoirs et à les organiser en enseignables-programmables dans le fil langue, texte, discours. En même temps, la DDE devrait se rééquilibrer fondamentalement et prendre paradigmatiquement en compte le fait que l'écrit (littéraire) de fiction – horizon déterminant jusqu'ici – ne peut plus être la seule référence de la pratique de l'écrit.

Quelques questions à propos des formalisations de l'écriture
en didactique du français

Yves REUTER

Cet article se propose d'évaluer – dans le cadre de la didactique du français – les intérêts possibles des modélisations de l'écriture et la pertinence de ceux qui sont utilisés ainsi que les questions qu'ils soulèvent quant au statut et au fonctionnement de cette discipline. Il questionne ces modèles selon leur formalisation du faire humain (activités vs pratiques), du fonctionnement de l'écriture et des dysfonctionnements. Il s'interroge enfin sur la validité de modèles de l'écriture qui ne pensent pas leurs relations avec des modèles d'autres objets (lecture, orthographe, récit...) internes au champ de la didactique du français.
Mots clés : ÉCRITURE – DIDACTIQUE DE L'ÉCRITURE – MODÈLE D'ÉCRITURE – DIDACTIQUE DU FRANÇAIS

Apports et limites des modèles du processus rédactionnel pour la didactique de la production écrite. Dialogue entre psycholinguistes
et didacticiens

Claudine GARCIA-DEBANC, Michel FAYOL

Depuis les années 80, un certain nombre de travaux en didactique de l’écriture se sont référés à des recherches psycholinguistiques sur les processus rédactionnels. L’article, à quatre mains, se propose de mettre en évidence les intérêts d’une interaction entre psycholinguistes et didacticiens, en même temps que la spécificité des deux champs et leur complémentarité. Il a pour visée moins de faire un état de la question que de susciter des interrogations d’ordre méthodologique et d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche.
Sont tout d’abord présentés les principaux modèles de la production verbale, particulièrement de la production écrite. Qu’est-ce qu’un modèle pour un psycholinguiste ? A quels impératifs doit-il répondre ? Quelles utilisations peuvent être faites de modèles psycholinguistiques dans des travaux en didactique ? Avec quelles précautions méthodologiques ?
Est ensuite discutée la place de tels modèles en didactique de l’écriture. Quel statut ont-ils ? Quelles fonctions peuvent-ils remplir ? Pourquoi, en didactique, les modèles ont-ils un statut ambigu ? Quels sont les intérêts et les limites du plus connu d’entre eux, le modèle développé par Hayes et Flower ?
En un troisième temps, sont confrontées les manières dont chacune des deux disciplines aborde la question centrale des apprentissages. Quelles limites rencontrent les études psycholinguistiques sur le développement ? Comment caractériser une intervention didactique et en analyser les effets ? Comment organiser des études longitudinales pour rendre compte d’apprentissages à long terme ? Quels indicateurs retenir ? De tels chantiers, dont les résultats sont attendus tant dans la communauté des chercheurs que dans celle des formateurs d’enseignants, appellent des coopérations entre psycholinguistes, linguistes et didacticiens, particulièrement pour la construction de tâches d’écriture, la formulation d’indicateurs d’évaluation et le suivi longitudinal de cohortes d’élèves.

L’inscription graphique au cours d’un travail de groupe :
aide cognitive ou rituel formel ?

Isabelle DELCAMBRE

L'article analyse quatre situations de travaux de groupe (en cm2, 6e et 3e, en français ou en mathématiques) pour interroger les formes de recours à l’écrit qu’ont les élèves, étant donné que dans ces situations, la tâche d’écriture n’est pas centrale mais incidente, voire facultative. Pour cela, il différencie production écrite et inscription graphique. Il propose une typologie des usages de l’écrit et de leurs fonctions dans ces situations : fixer le résultat du travail, donner à voir le travail, comprendre et faire comprendre, penser / classer dans l’espace-page. Ces observations permettent de réfléchir sur l’inscription graphique comme outil de travail dans l’espace scolaire : en révélant les usages différenciés des écrits, elles interrogent la naturalisation de l’écriture dans l’univers scolaire.
Mots-clés : ÉCRITURE (usages, fonctions) – INSCRIPTION GRAPHIQUE – TRAVAIL DE GROUPE – RELATIONS ORAL / ÉCRIT

Tentative pour diagnostiquer quelques obstacles dans l'approche
de l'écriture argumentative

Jacques MAGNE

L’article propose une analyse des échanges recueillis lors d’un cours sur la réécriture d’un texte argumentatif. Il étudie, à la lumière des analyses de Jonnaert, les fluctuations de la relation didactique ; les échanges entre la classe et le maître permettent d’examiner plus particulièrement comment le savoir présent dans ces échanges réunit ou dissocie l’enseignant et la classe. L’analyse cherche à éclairer la tension entre le projet didactique de cet enseignant et le besoin d’explicitation ou de problématisation, la tension entre un savoir de nature rhétorique et des connaissances qui se tirent de l’expérience du monde, entre des connaissances notionnelles et un savoir écrire. Il révèle que, paradoxalement, l’évitement des ruptures didactiques conduit à des impasses dans le projet didactique d’approfondir le savoir argumenter.
Mots-clés : ARGUMENT – ASYMÉTRIE – CLASSE – CONTRAT DIDACTIQUE – DÉVOLUTION – ENSEIGNANT – EXEMPLE – PARTAGE DES RESPONSABILITÉS – RELATION DIDACTIQUE – RUPTURE – SAVOIR

Des interactions entre oral et écrit : notes, canevas, traces écrites
et leurs usages dans la pratique orale

Elisabeth NONNON

Les relations entre écrit et oral sont souvent présentées selon une opposition dichotomique et tendent à une valorisation de l’écrit sur le plan linguistique et celui des opérations cognitives. Or les situations sociales et scolaires présentent des configurations plus complexes d’interactions entre modes sémiotiques, où l’écrit n’est pas toujours aboutissement et dépassement de l’oral, mais point de départ d’une pratique orale, qui elle-même peut questionner l’écrit. L’exemple de notes prises au cours d’échanges oraux pour rédiger un écrit destiné à soutenir un exposé montre différentes stratégies d’écriture possibles et les problèmes que rencontre cette pratique, dans l’écriture et dans l’oralisation à laquelle elle donne lieu. Un apprentissage est nécessaire pour que la notation écrite accède à une complexité qui limite la déperdition par rapport à ce qui a été débattu dans l’échange (variation de modalités épistémiques notamment) et lui permette de jouer son rôle comme soutien du discours oral et comme outil cognitif.
Mots-clés : EXPOSÉ – ÉCRITS TABULAIRES – INTERACTIONS ORALES – MÉDIATIONS – SÉMIOTIQUES – MODALITÉS ÉPISTÉMIQUES – NOTATION ÉCRITE – ORALISATION – PROBLÉMATISATION – REFORMULATION – RELATIONS ORAL / ÉCRIT

Les malentendus sur l'écrit au collège : une recherche dans les classes « difficiles »

Danièle MANESSE

Les difficultés de beaucoup des élèves de classe de ZEP sont connues, mesurées par exemple par les épreuves d'évaluation nationale d'entrée en 6e. Ce texte présente les résultats d'une recherche menée auprès de ces élèves des quatre niveaux du collège, et veut montrer, à travers un questionnaire de représentations sur la langue, que ces élèves ont une conceptualisation erronée de ce qu'est la lecture, focalisée sur la lecture oralisée, et de ce qu'est le travail d'écriture, focalisée sur la norme. Ce sont des résultats qui peuvent paraître banals, mais qu'on propose d'interpréter comme l'expression juste et consciente de la part des élèves, de difficultés relevant d'une mauvaise entrée dans l'écrit. On invite à une discussion sur la pertinence pour ces élèves des programmes centrés sur les compétences textuelles et la maîtrise des discours, quels que soient le bien-fondé et la cohérence interne de ces programmes, et on propose de repenser la question de la place et de l'importance des enseignements linguistiques dans ces programmes.
Mots-clés : CLASSES DIFFICILES – COLLÈGE – NOUVEAUX PROGRAMMES DE FRANÇAIS – COMPÉTENCES TEXTUELLES / COMPÉTENCES LINGUISTIQUES

L'écriture personnelle, scolaire et professionnelle de lycéens
de 17 à 21 ans

Christine BARRÉ-DE MINIAC

Cet article présente quelques pistes de réflexion didactique issues de recherches auprès d’adolescents, élèves de collège et de lycée. Ces recherches sont menées auprès de jeunes fréquentant des secteurs scolaires et des sections d’enseignement différentes, fortement contrastés. Elles montrent la nécessité de prendre en compte le rapport à l’écriture de ces jeunes, rapports différenciés selon les secteurs scolaires, les sections d’enseignement suivies, ainsi que selon les types de pratiques d’écriture : personnelles, scolaires ou professionnelles. Il ressort que l’écriture ne doit pas être considérée comme un tout indissociable, et l’écriture scolaire considérée comme le seul modèle de référence. Il importe de considérer les différentes pratiques d’écriture liées aux différents contextes d’usage et de prendre en compte les relations que les jeunes établissent avec ces différentes pratiques.
Mots-clés : DIDACTIQUE DE L’ÉCRITURE – DIVERSITÉ DES PUBLICS – RAPPORT À L’ÉCRITURE – TYPES DE TEXTES

Les enseignants de collège et l’écriture : des déclarations aux représentations

Jacqueline LAFONT-TERRANOVA, Didier COLIN

Cette étude qui se situe dans le cadre d’une recherche plus vaste centrée sur l’écriture des élèves de collège doit permettre de faire des propositions en matière de formation des enseignants. Nous faisons l’hypothèse que le rapport des enseignants à l’écriture, les représentations qu’ils ont de leur propre écriture, celles qu’ils ont de celle des élèves et de l’accompagnement qu’ils leur proposent, ont une influence déterminante sur l’efficacité de leur enseignement et que l’on peut tenter de cerner ces représentations à travers l’analyse de déclarations. Nous présentons ici l’analyse des réponses à deux questions extraites d’un questionnaire diffusé dans 18 collèges, à des enseignants de français, d’histoire-géographie et de mathématiques : une question centrée sur l’écriture du professeur, l’autre sur celle des élèves.
Mots-clés : REPRÉSENTATIONS DE L’ÉCRITURE – RAPPORT À L’ÉCRIT – ÉCRITURE DU PROFESSEUR – ÉCRITURE DE L’ÉLÈVE – ENSEIGNEMENT DE L’ÉCRITURE – ENSEIGNANTS DE COLLÈGE – ÉCRITURE ET CONCEPTUALISATION

Manuels scolaires et écrits professionnels. Quelle didactique ?

Anne-Catherine OUDART

La démarche d’apprentissage des écrits professionnels, proposée par de nombreux manuels scolaires, fonctionne principalement selon deux principes : d'une part, une formalisation des connaissances par une approche généralisante ; on parle du « compte rendu, de la note, de la lettre d’excuse, etc. » et d'autre part, une théorisation à partir d’invariants conceptuels et structurels ; on parle de « principes de clarté, de lisibilité, de précision, etc. ». Cette étude s'interroge sur la pertinence de ces savoirs enseignés en didactique des écrits professionnels et sur les normes implicites sous-jacentes à cet apprentissage. Elle s'appuie sur une longue expérience en entreprise de la formation aux pratiques d'écriture au travail, ainsi que sur une analyse précise d'une quinzaine d'ouvrages destinés à l'apprentissage des écrits professionnels pour des lycéens et / ou des étudiants. Cette contribution, d'une façon plus large, soulève la question de l'apprentissage des compétences communicationnelles professionnelles et de sa transférabilité en situation de travail.
Mots-clés : DIDACTIQUE DES ÉCRITS PROFESSIONNELS – MANUELS SCOLAIRES – APPRENTISSAGE – ECRITURE AU TRAVAIL

Questions scolaires à l'écriture extrascolaire

Marie-Claude PENLOUP

L’existence effective de pratiques d’écriture enfantines ou adolescentes diversifiées en dehors du cadre scolaire ne peut manquer, à mon sens, d’interroger l’institution scolaire et les dispositifs d’apprentissage de l’écriture qu’elle met en place. L’article s’organise autour de quatre grandes questions qui me conduisent à une réflexion et trois propositions.
La réflexion porte sur la mise en exergue, dans l’écriture extrascolaire, du lien entre imitation et création : elle vient confirmer, si besoin était, le bien-fondé des hypothèses qui entourent la mise en place de l’« écriture d’invention » au lycée.
Pour ce qui est des propositions, la première est que l’école prenne acte de la diversification des modes et lieux d’apprentissage de l’écriture et assume un rôle de médiateur entre l’élève et les formes d’apprentissage de l’écriture auxquelles il est confronté ; la seconde est qu’elle prenne la mesure du lien entre acte graphique et acte scriptural et puisse ainsi remédier, le cas échéant, à un rapport négatif à la dimension graphique, susceptible, c’est du moins mon hypothèse, de peser négativement sur la production d’écrits ; la troisième est que l’école ne laisse pas inexploitées les connaissances en jachère dans ces pratiques mais qu’elle donne aux élèves les moyens de les objectiver afin qu’ils puissent en faire des savoirs transférables dans des situations scolaires.
Mots-clés : ÉCRITURE – EXTRASCOLAIRE – DIDACTIQUE

Ecrire à la première personne au collège avec des élèves en difficulté

Liliane SZAJDA-BOULANGER

Cet article se propose de faire le point sur la recherche en cours qui s’est donné pour enjeu de faire écrire des jeunes (14, 16 ans) reconnus en difficulté par l’institution. Ces jeunes, définis comme ayant un imaginaire pauvre et un vécu personnel insignifiant, possèdent mal la maîtrise de la langue écrite (difficulté de transcrire l’oral en écrit au niveau morphologique et phonologique, difficulté du geste graphique).
Ecrire à la première personne, écrire sur soi, c’est faire un récit qui est à la fois action, travail sur l’émotion et exégèse de l’intime. Le simple fait de choisir les mots témoigne d’une interprétation du passé qui est plus ou moins éloigné du réel jusqu’à devenir un mixte instable entre fabulation et expérience vive ou une falsification créatrice. L’écriture créative permet aux élèves de franchir le pas entre une réalité proche de la fiction et une fiction proche du réel. Alors écriture en « je » ou écriture créative en « il » ?
Mais l’écriture implique une lecture. On peut porter un autre regard sur les écrits en recherchant l’image du scripteur analysée sous deux aspects : une analyse thématique et une analyse de la construction énonciative. Les premiers résultats mettent en évidence la permanence de l’image du scripteur dans les écrits sur soi comme dans l’écriture créative.

Média-radio, écrit et école : quand les jeunes (scolaires, étudiants
ou travailleurs), écrivent à RFI

Marie-Josée BERCHOUD

Sur la base d’une recherche sur le courrier des auditeurs de RFI, effectuée en 2000 et publiée en 2001, on s’intéresse ici à la population des jeunes, scolaires et scolarisés, qui écrivent à la radio RFI. Ce sont en très grande majorité (95%) des jeunes gens, alors que l’écriture intime, la correspondance sont souvent présumées être des écrits féminins. Ils sont aussi majoritairement africains. Pourquoi écrivent-ils ? Pour développer des contacts internationaux, et simultanément se construire et construire des projets. Comment s’expriment-ils ? Ils utilisent les acquis de l’école, de façon à la fois scolaire et non scolaire, dans une écriture pour soi et à l’autre, une écriture dont le but est fixé par eux-mêmes et dont les caractéristiques sont parfois singulières. On doit alors se poser des questions de méthode, de pédagogie et de politique linguistique quant à l’écrit transmis à et par l’école.
Mots-clés : ÉCRIT – ÉCOLE – MÉDIA – POLITIQUE LINGUISTIQUE – PÉDAGOGIE

Une banque de données de textes d'élèves à l'épreuve

Marie-Laure ELALOUF, Joële KERAVEN

Cet article s'interroge sur l'utilisation possible d'une banque de données de textes d'élèves qui comporte l'ensemble des productions par une classe dans le cadre d'une séquence, ainsi que leur contexte d'enseignement. Le corpus choisi est celui d'une classe de 5e engagée dans l'écriture. C'est à travers l'examen des textes d'élèves dans leurs différents états que la question des effets de la séquence sur l'apprentissage est abordé :
– en confrontant les expansions du nom produites et analysées dans le cadre d'une séance d'étude de la langue et l'usage que font les élèves des groupes nominaux étendus ;
– en comparant les fonctions de la description que les élèves sont en mesure de verbaliser et celles, beaucoup plus riches, qu'ils mettent en œuvre dans leur « roman » ;
– en étudiant la diversité de leurs stratégies, les obstacles rencontrés et parfois dépassés.
En croisant ces résultats, il est permis de définir plus finement le rôle des activités métalinguistiques dans la séquence.
Mots clés : GRAND CORPUS – DIDACTIQUE DE LA DESCRIPTION – RÉÉCRITURE

À travers les écrits réflexifs des élèves : la complexité négociée d'une situation d'écriture scolaire

Élisabeth BAUTIER

Un écrit scolaire peut être lu comme le reflet de la complexité de sa situation d’écriture : il est le lieu où peut s'étudier l'enchevêtrement de logiques scolaires, subjectives, discursives…, toutes à l'œuvre pour l'élève, même si elles peuvent faire l'objet d'accentuations variables en fonction des thèmes de l'écrit, des élèves eux-mêmes, des pratiques enseignantes et de l'interaction entre les trois. L'analyse des écrits réflexifs (dissertatifs), écrits dont la complexité est accrue par la nécessité de construire son propre texte avec les textes et les savoirs « déjà là », permet également de mettre au jour l'interprétation que font les élèves du contrat didactique, comment ils sont aidés ou gênés par les modèles textuels.
Mots-clés : ÉCRITS RÉFLEXIFS – DISSERTATION – ÉCRITS SCOLAIRES – LOGIQUES D'ÉCRITURE

L’écrit scolaire comme acte de négociation : l'institution scolaire et les mouvements textuels des scripteurs individuels

Christiane DONAHUE

L’élève-scripteur, bien qu’« écrit par » la situation discursive scolaire, est capable d’habiter des positions discursives variées au cours de la construction de son texte. Il négocie ainsi sa place dans le discours académique de l’institution scolaire. Son texte est constitué à la fois des caractéristiques communes à presque tout texte scolaire, mises en jeu par les normes institutionnelles et les attentes scolaires concernant ce qui est attendu, et des mouvements d’appropriation qui modifient les mots, les expressions et les structures déjà en jeu, des mouvements discursifs de « reprise-modification ». Afin de mettre en évidence cette négociation, l’article propose une analyse interprétative de quelques caractéristiques textuelles de six copies écrites, « argumentatives », produites au lycée : la mise en page, la reprise de la consigne et du texte d’appui, la structure générale, les modes d’énonciation spécifiques, et l’usage des exemples.
Mots clés : ANALYSE DU DISCOURS – DISCOURS D’APPRENTISSAGE – POSITION DISCURSIVE – REPRISE-MODIFICATION – TEXTE ARGUMENTATIF

Quand les technologies d'information et de communication instrumentent les pratiques d'écriture scolaire

Hélène GODINET

L'écriture scolaire intègre aujourd'hui trois types d'outils numériques : traitement de texte, hypertexte, réseau. Si le traitement de texte s'installe dans les pratiques ordinaires, les observations conduites sur le terrain montrent que les usagers intègrent peu les fonctionnalités au service des activités transformationnelles de production écrite.
L'écriture hypertextuelle, dont le produit est visible sur les sites éducatifs en ligne, nécessite et développe des compétences spécifiques. L'appropriation des outils semble en deçà de leur potentialité en terme d'écriture interactive et hypermedia. Acculturé, depuis cinq siècles d'imprimé, à une structuration séquentielle ou arborescente, l'usager, élève ou enseignant, ne peut intuitivement mettre en place les stratégies de production associative que nécessite un écrit réticulaire.
L'utilisation des outils informatiques dits communiquants exige paradoxalement d'écrire du texte pour « parler». Face à des technologies encore frustres, l'usager s'invente un mode de communication hybride, mi-écrit mi-oral. Comment l'enseignant et l'élève font-ils usage de ces technologies de communication en réseau dans une école qui en prône l'intégration et prône parallèlement la maîtrise d'une langue que nous savons surnormée, en référence à l’écrit livresque ?
Par le biais d'une approche pragmatique, nous essayons de montrer que dans une logique de l'usage, face aux attentes institutionnelles et sociales, se tissent des liens entre innovation technologique et innovation pédagogique.

L'écriture et son apprentissage : le point de vue de la didactique. Éléments de synthèse

Bernard SCHNEUWLY

Proposition de synthèse du colloque « L'écriture et son apprentissage », la contribution est articulée en trois parties. Dans la première, sur la base des interventions au colloque, un constat est dressé concernant la conception, en didactique du français, de l'écriture qui est de manière relativement homogène abordée comme activité complexe dans une situation sociale déterminée à la fois par un cadre scolaire et communicatif plus général. Dans une deuxième partie, quelques limites des approches didactiques actuelles sont analysées ; s'il est possible de constater un certain consensus quant à l'orientation générale des démarches d'enseignement, le rapport entre enseignement et apprentissage, et plus largement développement est peu théorisé et exploré dans les recherches.
La troisième partie esquisse quelques pistes de recherche pour dépasser les limites : nécessité d'une modélisation plus globale de l'enseignement du français et recherches approfondies des pratiques réelles et des développements de l'écriture dans une perspective longitudinale sont deux des desiderata de recherche mentionnés.
Mots-clés : ÉCRITURE – ENSEIGNEMENT / APPRENTISSAGE ET DÉVELOPPEMENT – RECHERCHE DIDACTIQUE – DIDACTIQUE DU FRANÇAIS LANGUE MATERNELLE

HAUT DE PAGE -  N° 115/116

© CRESEF - Tous droits réservés

Lire les
résumés au 
 format PDF