N° 113/114,
« Images du scripteur
et rapports à l’écriture »

Images du scripteur et rapports à l'écriture

Isabelle DELCAMBRE, Yves REUTER

La notion d’image du scripteur permet d’articuler des analyses et des points de vue d’ordres théoriques différents sur l’écriture : analyses linguistiques et textuelles des écrits, analyses sociologiques des pratiques, ordre psychosociologique des discours sur les pratiques, ordre psychologique des fonctionnements cognitifs. Elle permet de constituer en système les dimensions du sujet-scripteur, celles du texte comme objet d’analyse ainsi que des perspectives liés à l’activité du lecteur-récepteur. Elle ouvre ainsi de nouvelles voies de recherche pour la didactique du français dans l’analyse des tâches d’écriture, l’interprétation des difficultés des élèves et celle des interventions des enseignants.
Elle est cependant difficile à construire. Identifier une image (ou position ou posture) scripturale suppose de ne pas perdre de vue que les images produites / construites n’ont de pertinence que par rapport à un cadre donné dans une situation de travail précise et un cadre disciplinaire spécifique.
Les auteurs en proposent une définition en distinguant différentes sortes d’images selon le mode de recueil des données (textes, pratiques, déclarations), leur objet (l’écriture en général ou telle tâche en particulier) et le mode de construction de ces données (par l’émetteur ou tel ou tel récepteur).
Ces définitions sont pensées dans le contexte des apprentissages scolaires, ce qui débouche sur l’identification de classes de problèmes que la notion d’image scripturale permet de mieux cerner. L’article se termine par quelques propositions didactiques.
Mots clés : IMAGES DU SCRIPTEUR –  CADRES DE RÉFÉRENCE –  CRITÈRES DE VARIATION –  DIDACTISATION

Le rapport à l'écriture. Une notion à plusieurs dimensions

Christine BARRÉ-DE-MINIAC

Cet article propose une analyse de la notion de rapport à l’écriture autour de quatre dimensions : l’investissement de l’écriture, décliné en quatre aspects : la force, les types, le degré d’accord entre les types d’investissement, le sens de l’investissement ; les opinions et attitudes relatives à l’écriture ; les conceptions de l’écriture et de son apprentissage ; les modes d’investissement des pratiques d’écriture. Chacune de ces dimensions est définie et sa problématisation étayée par des résultats issus de travaux de recherche. On s’attache également à montrer l’intérêt pour la didactique de décliner le rapport à l’écriture en dimensions distinctes, en proposant, pour chacune de ces dimensions, des pistes didactiques.
Mots-clés : RAPPORT À L’ÉCRIT – DIDACTIQUE DE L’ÉCRIT

Du rapport au langage : question d'apprentissages différenciés
ou de didactique ?

Élisabeth BAUTIER

L’expression « rapport au langage » est aujourd’hui souvent employée en didactique, ou plus largement dès qu’il s’agit de penser les productions et compréhension des élèves autrement qu’en termes de compétence, d’acquisition de formes ou de mise en œuvre d’opérations cognitives et langagières, mais elle est rarement définie dans ses filiations et ses composantes, ou dans ce qu’elle apporte de spécifique pour comprendre les productions des élèves. Nous tentons ici une telle explicitation en la référant à la problématique qui a conduit à construire cette notion, celle de la différenciation dans les apprentissages scolaires, en montrant les ruptures théoriques et de conceptions que cette notion nous semble impliquer, en la liant à la question des rapports entre développement du sujet et langage. Parce que cette notion convoque différentes dimensions du sujet qui sont à l’œuvre dans les situations scolaires, elle devrait permettre de tenter de conserver cette complexité lors de l’analyse des situations et des productions de langage.
Mots-clés : RAPPORT AU LANGAGE – DIFFÉRENCES LANGAGIÈRES – LANGAGE ET ÉCOLE – SUBJECTIVATION – SOCIALISATION – LANGAGE

Problèmes d’ethos

Dominique MAINGUENEAU

Cet article ne prend en compte que l’ethos “discursif”. Par sa nature hybride, la notion d’ethos est en effet susceptible d’être « tirée » vers des modélisations d’ordre sociologique ou psycho-sociologique comme vers des modélisations d’ordre linguistique. Après avoir rappelé, dans une première partie, le statut qu’occupe cette notion dans la “Rhétorique” d’Aristote, qui l’a conceptualisée, l'article recense un certain nombre de difficultés posées par son interprétation et son exploitation. Dans une seconde partie, en s’appuyant sur ses propres travaux, l'auteur s’efforce de montrer qu’on peut intégrer l’ethos dans un cadre d’analyse du discours ; cette catégorie permet en particulier de réfléchir sur les processus par lesquels un discours peut provoquer l’adhésion. Cette présentation est illustrée par des exemples empruntés à des types de discours divers.
Mots-clés : ADHÉSION – ETHOS – GARANT – INCORPORATION – MONDE ÉTHIQUE – SCÈNE D'ÉNONCIATION

Un salarié a-t-il un « rapport à l’écriture » ? Quelques réflexions sur une activité des officiers de la marine marchande : remplir le journal de passerelle

Pierre DELCAMBRE

Dans cet article l’auteur s’interroge sur la notion de « rapport à l’écriture », en s’attachant à analyser les activités d’écriture qui ont lieu dans différents contextes de travail. Un terrain d’enquête est privilégié : l’activité ordinaire et régulière qui consiste dans la marine marchande pour les officiers de quart secondant le capitaine, à remplir le cahier de passerelle.
Parler de « rapport à l’écriture » ne suppose-t-il pas que certaines séquences d’activité soient identifiées comme telles par un sujet, individuel ou collectif – une profession par exemple – et « représentées » comme « écriture » ? Plutôt que de postuler que cette représentation soit naturelle et systématique, ne faut-il pas établir dans quelles conditions, parfois, à certaines époques, dans certains lieux, dans un état de la répartition des tâches, des savoirs et des pouvoirs, pour certaines activités de scription, de mémorisation, de formalisation, le salarié en poste pense qu’il « écrit » ? Il y a là un programme de travail qui seul peut éclairer a contrario les rares situations où un salarié peut être amené à parler (ou accepter de parler à un enquêteur) de son « rapport à l’écriture »
Mots-clés : ÉCRITURE – RAPPORT À L'ÉCRIT – ÉCRITS PROFESSIONNELS – ORGANISATION DU TRAVAIL – SYSTÈME D'ACTEURS – COMMUNICATIONS DE TRAVAIL – ACTIVITÉ – PRATIQUE

Genre épistolaire et positionnement du scripteur : une liberté sous contrainte

Olivier DEZUTTER

Jusqu’il y a peu, l’art d’écrire des lettres a occupé une place importante parmi les apprentissages scolaires, cet apprentissage particulier rejoignant les intentions générales de l’institution scolaire qui prétend former au beau, au bien et au vrai. Dans la première partie de l’article, à orientation historique, sont rappelées quelques-unes des règles imposées à travers le temps au rédacteur de lettres. Il est montré comment l’école a diffusé ces règles et contribué à fixer en quelque sorte la représentation du genre ainsi que le positionnement attendu du scripteur dans la pratique des différents types de lettres. Dans la deuxième partie, à orientation prospective, l’auteur présente quelques activités centrées principalement sur la lecture du genre épistolaire. Destinées à des élèves du secondaire, ces activités permettent de travailler les questions relatives au rapport à l’écriture et au positionnement du scripteur, lequel est partagé, dans le cas singulier de l’écriture épistolaire, entre le respect de ses « obligations » et la liberté qui lui est laissée de gérer l’image de lui et de la relation à l’autre qu’il désire offrir à travers ses lettres.
Mots-clés : LETTRE – (DE GENRE ÉPISTOLAIRE) – DIDACTIQUE – LECTURE – ÉCRITURE – HISTOIRE DE L'ÉDUCATION

L'angle journalistique : aide ou obstacle au positionnement des étudiants scripteurs ?

Isabelle LABORDE-MILAA

La notion d'angle apparaît comme un principe flou et pourtant très efficient dans l'écriture journalistique. L'article a un double objectif: d'une part, interroger la rentabilité didactique de cette notion, dans le cadre d'un apprentissage de l'écriture de presse avec des étudiants de licence en cours de professionnalisation ; d'autre part, mesurer son efficacité dans la construction d'une posture d'écriture. En effet, quelles difficultés présente-t-elle et quels outils propose-t-elle ? Certaines situations d'énonciation entraînent-elles un angle à adopter ? Par quels fonctionnements discursifs celui-ci se manifeste-t-il ? Quel degré de liberté peut être celui du scripteur dans son regard angulaire ? Il s'agira plus précisément de la gestion de l'angle dans l'interview : l'emboîtement de contraintes d'ordres différents y est particulier, et pose problème à des étudiants en formation à qui il incombe de se trouver une position dans l'interaction et dans la maîtrise de l'interview finale. La dernière partie porte donc sur l'examen d'interviews effectivement produites, et évaluées à la fois par les enseignants et d'autres étudiants, pour dégager les représentations dominantes et ouvrir quelques pistes didactiques.
Mots-clés : INTERVIEW – GENRE – INTERACTION – CONTRAT REPRESENTATIONS – NORMES – POSITIONNEMENT – PROFESSIONNALISATION – EVALUATION

Ecrits et apprentissages. Première approche dans quatre disciplines au collège

Dominique LAHANIER-REUTER et Yves REUTER

Dans le cadre des recherches didactiques sur l’écrit en tant qu’il participe à la constitution des savoirs au sein de l’école, cet article explore la conscience des fonctionnements de l’écrit (place, importance, fonctions, points communs, différences...) qu’ont les élèves de collège dans quatre disciplines (français, mathématiques, histoire et géographie, sciences de la vie et de la terre) au travers d’un questionnaire soumis à 168 élèves de sixième et de troisième. A l’issue des analyses, des « configurations disciplinaires » tendent à émerger manifestant la façon spécifique dont écriture, écrits et contenus sont associés par les élèves selon les disciplines convoquées.
Mots clés : APPROCHE PLURIDISCIPLINAIRE –  ENQUÊTE – SAVOIRS ET REPRÉSENTATIONS

Le lecteur distant. Positions du scripteur dans l’écriture du commentaire

Bertrand DAUNAY

Les normes actuelles du commentaire littéraire scolaire (induites des conceptions aujourd’hui dominantes de la lecture littéraire) privilégient les marques de la distance du lecteur face au texte qu’il commente. C’est cette notion de distance qui est ici interrogée, ou plutôt la validité des critères convoqués pour évaluer la distance mise en œuvre dans un commentaire.
L’hypothèse qui sous-tend cet examen est que ce qui est perçu comme rapport distancié au texte dans un commentaire consiste essentiellement en l’application de principes théorico-méthodologiques imposés comme vulgate dominante d’approche scolaire du texte littéraire – dont il faut rappeler la contingence. Est ainsi mise en doute la force d’évidence du jugement de distance, qui consiste à poser comme un signe de distance cognitive telle ou telle marque linguistique ou rhétorique.
L’analyse de trois recueils de commentaires récents (produits aux frontières des sphères scolaire, parascolaire ou extrascolaire) permet de montrer d’une part les effets de censure que l’exigence de distance induit dans la construction de l’image donnée du lecteur dans le commentaire, d’autre part la relativité des critères qui président au jugement de distance et la difficulté à traduire sur le plan cognitif des marques discursives. Cela amène à mettre en cause une description des difficultés des élèves qui fasse l’économie d’une réflexion sur la légitimité des normes – et des censures – scolaires.
Mots-clés : COMMENTAIRE – DISTANCE – DISTANCE COGNITIVE – IMAGE DU LECTEUR – IMAGE DU SCRIPTEUR – JUGEMENT DE DISTANCE – LECTURE LITTÉRAIRE – NORMES SCOLAIRES – SCRIPTEUR

Évolution du rapport au texte et à l'écriture dans une démarche de travail en projet

Francis RUELLAN

Cet article tente de montrer que l'un des intérêts majeurs d'un dispositif didactique, visant la construction de compétences d'écriture par des élèves de CM1, est de provoquer et d'étayer l'évolution du rapport au texte et à l'écriture de ces élèves. Afin de relever des indices d'évolution chez deux élèves aux performances très contrastées, leurs réécritures successives du conte merveilleux, effectuées durant les huit semaines du projet, seront analysées. Les quatre entretiens réalisés avec chacun d'entre eux permettront de préciser les interprétations des indices relevés.
Cependant le déploiement des parcours individuels d'écriture ne constitue qu'un des principes fondateurs du dispositif didactique. Il est indissolublement associé au souci d'assumer collectivement l'analyse de la tâche complexe que représente pour les élèves la création d'un conte merveilleux. Aussi, l'activité collective d'énonciation des critères (23 moments d'élaboration d'outils) a été déterminante dans les conduites de régulation et a médiatisé le rapport à la tâche complexe d'écriture. Les décisions et comportements des élèves étant notamment considérés comme des réponses à ce qu'ils perçoivent du contexte de création et d'apprentissage, les éléments significatifs de ce contexte seront restitués.
Mots clés : ÉCRITURE EN PROJET – CLASSE DE CM1 – CONTE MERVEILLEUX – ANALYSE DE REPRÉSENTATIONS – CONTRASTAGE DE PERFORMANCES

Une démarche de lecture-écriture au lycée autour des images du scripteur

Nathalie DENIZOT

La démarche présentée dans cet article visait à travailler explicitement avec des élèves de seconde sur les images du scripteur induites par leurs propres textes, pour développer des compétences textuelles et métatextuelles, en production comme en réception. La première phase de cette séquence reposait sur une consigne d'écriture peu contraignante, de façon à permettre des écrits très divers. Les élèves devaient ensuite analyser un corpus constitué à partir d'une sélection de leurs textes, pour essayer d'identifier les images – du scripteur mais aussi du lecteur – présentes dans les textes, avant de réinvestir ces observations lors d'une seconde tâche d'écriture plus contraignante.
L'article propose ainsi une étude du corpus et des analyses qu'en ont faites les élèves, et passe en revue les différentes images identifiées lors de la séquence, entre rôles socio-discursifs (le « jeune » vs l'« adulte », le journaliste), positionnements énonciatifs (polémique vs distanciation) ou postures plus ou moins scolaires. Il tente en même temps d'examiner les problèmes didactiques posés par un objet comme l'image du scripteur, notamment dans ses relations avec d'autres objets de travail explicitement au programme des classes de lycée comme les genres et les formes de discours, les marques du locuteur, les visées communicationnelles, etc.
Mots-clés : IMAGE DU SCRIPTEUR – IMAGE DU LECTEUR – ROLE DISCURSIF – POINT DE VUE – POSTURE – TYPE – STATUT – GENRE DU DISCOURS

Penser l'école en classe de 3: du « je » objet du discours au « je » sujet de l'écriture, une distance difficile à tenir

Denis FABÉ

Peut-on penser l'école à l'école? Cette question a servi de point de départ à la construction d'une séquence didactique en classe de troisième. Les  textes lus, les images analysées, les paroles échangées cherchaient à faire que chacun dans la classe parvienne à se construire un discours distancié et argumenté sur son  vécu à l'école. Le situation d'écriture dont l'analyse constitue le cœur de l'article, consistait à faire dialoguer deux professeurs aux profils opposés à propos de la culture adolescente.  Le sujet présupposait donc  que chacun dans la classe se distancie de sa propre expérience, et construise un discours argumentatif dont il était à la fois le sujet et l'objet. L'analyse des copies montre que, si certains parviennent à maintenir cette posture argumentative complexe tout au long de leur texte, certains  l'abandonnent parfois, d'autres enfin, rencontrent énormément de difficultés à se poser comme objet de leur discours. Le sujet serait-il donc trop identitaire pour être traité, à égalité par tous? Exigerait-il pour être mené à bien  des pratiques langagières, des capacités de distanciation, un rapport au monde et à l'école que l'école elle-même n'a pas l'habitude d'enseigner?
Mots clés : SE CONSTRUIRE UNE POSITION DE SCRIPTEUR – JE SUJET / JE OBJET DU DISCOURS – DISTANCIATION – LECTURE ANALYTIQUE VS LECTURE PAR L'EXPÉRIENCE – LIRE DES COPIES D'ÉLÈVES – RAPPORT ENTRE FICTION ET ARGUMENTATION

Genres scolaires et cadres disciplinaires : quels rapports à l’écriture ?

Arielle NOYÈRE

Nous nous proposons d’analyser les postures de scripteur adoptées par des élèves de 5e dans différentes situations d’écriture ayant pour objet l’articulation entre genres et discours. Les élèves ont produit des séquences descriptives à la fois en français et en histoire, et des séquences explicatives insérées dans un documentaire ou dans un récit. L’objectif est d’amener les élèves à comprendre que la mise en discours est conditionnée par les cadres génériques et disciplinaires. Cette analyse nous renseigne sur le rapport à l’écriture qu’entretiennent les élèves et nous permet d’envisager des dispositifs didactiques transversaux. Un questionnaire portant sur cette écriture double et des entretiens d’explicitation individuels apportent des éléments de réponse à des questions qui concernent autant le professeur de français que celui d’histoire : les élèves perçoivent-ils des formes textuelles différentes d’une discipline à l’autre ? quels enjeux assignent-ils à l’écriture dans l’une et l’autre discipline ? quelle posture de scripteur le cadre disciplinaire induit-il ? quelles sont les catégories les plus opératoires – genres, textes, discours – pour aider les élèves à adopter une posture de scripteur adaptée aux situations d’écriture qui leur sont proposées dans les différentes disciplines ?
Mots clés : ÉCRITURE – GENRE – DISCOURS – EXPLICATION – DESCRIPTION – HISTOIRE (DISCIPLINE) – TRANSDISCIPLINAIRE

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