N° 111/112,
« Les textes de consignes »

Entre conseil et consigne : les genres de l'incitation à l'action

Jean-Michel ADAM

De nombreux textes orientés vers l'action sociale pratique comportent une même base instructionnelle et/ou procédurale qui se traduit par un certain nombre de marques linguistiques communes. Au vu de ces régularités, on pourrait être tenté d'en faire un « type de texte », position récusée ici au profit d'une réflexion sur les genres de discours qui incitent à l'action. Tout en détaillant quelques caractéristiques communes aux recettes de cuisine, notices de montage ou d'auto-médication, topoguides, horoscopes et autres rubriques conseils des magazines, cet article montre que ces constantes traversent un large éventail de genres qu'il propose de redistribuer sur un continuum qui va du conseil à la consigne.
Mots-clés : ACTION – CHAÎNES D'ACTIONS – CONSEIL – CONSIGNE – GENRES DE DISCOURS – LINGUISTIQUE TEXTUELLE – PLANS DE TEXTES

Cinq approches différentes du texte procédural

Laurent HEURLEY

Les textes procéduraux (i.e., textes qui expliquent comment exécuter des procédures : modes d’emploi, notices d’utilisation, recettes de cuisine, etc.) suscitent de plus en plus l’intérêt des professionnels de la rédaction technique et des chercheurs. Une revue de la littérature révèle que ces textes sont abordés selon cinq approches : prescriptive, normative, descriptive, évaluative et explicative. La première partie de l’article présente les spécificités, les limites et la démarche de chacune de ces approches. La deuxième constate l’absence de collaboration entre ces approches et souligne la nécessité d’opérer un décloisonnement de celles-ci. La troisième aborde le problème de l’avenir des textes procéduraux.
Mots-clés : TEXTE PROCÉDURAL – PROCÉDURES – RÉDACTION TECHNIQUE – INSTRUCTIONS – GENRE –  TEXTOÏDES – ATOMISATION DE L'ACTION – HYPERTEXTE – ERGONOMIE – PSYCHOLOGIE COGNITIVE

Les genres du discours procédural : invariants et variations

Claudine GARCIA-DEBANC

Devant la diversité des genres qui permettent de prescrire des actions (notices, recettes, règles de jeu, instructions techniques...), l’article s’efforce de dégager des traits communs et des lieux de variations. Les analyses permettent d’étudier tout particulièrement les spécificités des règles de jeu par rapport à d’autres genres privilégiés dans les études psycholinguistiques tels que la recette ou la consigne de montage, aussi bien d’un point de vue pragmatique que d’un point de vue structurel. Sont inventoriés ensuite un certain nombre de paramètres permettant d’interroger la diversité des discours procéduraux.
Mots-clés : DISCOURS PROCEDURAL – GENRES – TYPOLOGIE TEXTUELLE – PARAMETRES

Les divers types d’énonciation dans les textes injonctifs

M. GRANDATY

L’analyse linguistique qui sera la nôtre, portant sur le fonctionnement du texte prescriptif, nous servira d’illustration à un débat plus didactique. De manière plus générale, en langue, s’agit-il de défendre aujourd’hui une didactique qui vise à cerner et découper des objets d’enseignement ou bien de considérer la langue comme susceptible de fournir des lieux d’intervention didactique privilégiés par l’enseignant. Il s’agirait de mettre ces questionnements grammaticaux (métalinguistiques) au service de la compréhension des textes et de leur nature sans les couper de leur contexte de production, ainsi qu’au service de l’action (pragmatique) de l’élève et de la production de discours.
Non pas faire du métalangage pour du métalangage mais donner à ces questionnements une raison d’être sociale en les faisant pratiquer sur des lieux d’interventions didactiques pertinents. La grammaire conçue comme un outil réel !
Mots clés : TEXTE INJONCTIF – ÉNONCIATION – MÉTALANGAGE – DIMENSION PRAGMATIQUE – LIEU D'INTERVENTION DIDACTIQUE

Aperçu de la variété des fonctions des consignes dans le monde du travail

Hélène VEYRAC

Il s'agit dans cet article de relever les principales fonctions des consignes qui sont retenues par l'ergonome pour mener à bien sa pratique. Ce relevé de fonctions est présenté après une définition des consignes et une présentation de plusieurs de leurs caractéristiques en situations professionnelles.
Les consignes permettent de communiquer des éléments informationnels pour aider à réaliser une tâche. Ces éléments sont divers, ils relèvent des opérations à réaliser, de l'enchaînement de ces opérations, des conditions d'application, des garanties apportées par la consigne, etc. On constate une part importante d'implicite. En situations professionnelles, les consignes possèdent des caractéristiques complémentaires : elles ont une dimension juridique particulière, sont parfois produites par plusieurs émetteurs, sont transmises par des médias différents, etc. Elles ont des fonctions spécifiques qui intéressent les ergonomes pour comprendre le travail des opérateurs : elles expriment partiellement le point de vue des prescripteurs sur le travail, elles informent l'ergonome du niveau d'automatisation du travail, elles donnent des indications sur les pratiques et activités des opérateurs et sur les difficultés de la tâche.
Cet article montre ainsi comment l'ergonomie aborde les consignes pour participer à différents enjeux et comment elle utilise des fonctions spécifiques aux consignes du monde du travail.
Mots-clés : CONSIGNES – ERGONOMIE – TRAVAIL – SÉCURITÉ

Spécificités de la consigne à l'école maternelle et définition de la tâche

Marie-Thérèse ZERBATO-POUDOU

Notre contribution vise à montrer l'importance à accorder au rôle de la consigne dans la compréhension des tâches scolaires par les élèves de maternelle, rôle qui sera mis en relation avec deux autres moments qui accompagnent l'activité des élèves en situation de travail : l'évaluation et le guidage de l'action.
Comprendre une tâche pour un élève, c'est non seulement identifier les actions concrètes à réaliser mais également pouvoir donner du sens à son activité. Autrement dit, c'est dans cette situation spécifiquement scolaire que l'élève construit son rapport au savoir, construction d'autant plus importante ; qu'elle apparaît souvent déficiente chez les élèves en difficulté.
Or, dans cette perspective de construction vide sens, la consigne ne suffit pas à elle seule, surtout si elle reste centrée sur les actions concrètes comme on le constate le plus souvent. II faut l'envisager comme faisant partie d'un ensemble où le moment d'évaluation et de guidage ont un rôle tout aussi important à jouer.
Si ces trois volets qui accompagnent l'activité de l'élève sont effectivement fondamentaux, leur aspect constructif réside clans la prise en compte d'un espace social et discursif où se joue le processus de contextualisation linguistique, en référence à la zone de proche développement (Vygotsky) et à la double fonction du langage décrite par Deleau (1990).
C'est à l'école maternelle, où l'enfant devient élève, que l'attention portée â ce dispositif se révèle fondamentale pour sa scolarité ultérieure.
Mots-clés : MATERNELLE – CONSIGNE – ÉVALUATION – GUIDAGE – TÂCHE – SENS – CONTEXTE

La description de référents évolutifs : l'écriture de recettes par des adultes et des enfants

Jean-Marie BOUCHEIX, Michel FAYOL

L'objectif du présent article est d'exposer les modalités de référenciation mises en œuvre par des adultes et des enfants lors de la description de séries de transformations matérielles affectant un référent initial (N1) et aboutissant à un référent final différent (N2) (cas des recettes ou des notices), ce qui correspond à un référent dit évolutif. Quatre recherches ont été réalisées. La première et la deuxième avaient pour but d'étudier, chez des adultes, les modalités de description orales et écrites de courtes recettes, induites à partir de supports comportant de six à dix photographies. La troisième cherchait à situer le plus spontanément possible la frontière séparant les deux référents dans les séries de dix photographies en comparant ces frontières avec le moment d'apparition des N2 dans l'expérience de production (Exp. 2). La dernière expérience avait pour but d'explorer les modalités de référenciation utilisées par trois groupes d'enfants (CE1, CMl, CM2), pour des transformations identiques à celles des expériences précédentes, mais concernant seulement cinq recettes. Les résultats ont montré que les enfants utilisent précocement des patrons de description stables et stéréotypés proches de ceux utilisés par les adultes. Néanmoins, les enfants utilisent plus systématiquement les pronoms que les adultes.
Mots-clés : DESCRIPTIONS D'ACTIONS – RÉFÉRENTS ÉVOLUTIFS – PRONOMS – DÉVELOPPEMENT – RECETTES – NOTICES

Place d'un modèle des erreurs dans l'apprentissage de la grammaire

Anne-Michèle GRATTON

S’inscrivant dans le prolongement de travaux centrés sur le phénomène de l’erreur dans l’apprentissage de la grammaire, la recherche expérimentale dont on rapporte les conclusions dans cet article, concerne plus particulièrement le rôle joué par une « consigne planifiée » sur les performances des sujets. Il s’avère qu’une consigne planifiée, i.e. indiquant très précisément et dans un ordre donné, les différentes étapes de résolution d’un problème de transformation pronominale (ou « sous-buts »), influe de manière tout à fait significative sur la chute des erreurs. Toutefois, lorsque cette même consigne est couplée à un modèle de description (des pronoms personnels) conçu comme une véritable « structure de contrôle » (permettant l’identification des critères et leur sélection suivant la même structuration que celle indiquée par la consigne), les résultats sont encore bien plus concluants. Ce qui tend à démontrer que la conception des consignes gagnerait à être menée d’une part en relation étroite avec les différentes étapes de résolution d’un problème grammatical donné, mais aussi en stricte adéquation (« en miroir ») avec la description grammaticale correspondante, celle-ci pouvant assurer dès lors la mise en place d’une base de connaissances adéquate, et jouer un rôle effectif de « structure de contrôle » dans la réalisation des tâches d’apprentissage.
Mots-clés : CONSIGNE – PLANIFICATION – ERREURS – APPRENTISSAGE – GRAMMAIRE – RÉSOLUTION DE PROBLÈMES – CONTRÔLE – AIDE COGNITIVE

Les consignes dans l'enseignement à distance : difficultés de compréhension liées à la présence de négations

Claude LAFORGE

Pour réussir dans son projet de formation, l'apprenant à distance doit acquérir et utiliser des connaissances qui lui sont essentiellement transmises par l'écrit sous forme d'instructions, de cours, d'exercices et de devoirs. L'aide à l'organisation du travail, le guidage dans la progression d'une discipline, l'évaluation des acquis, s'effectuent par l'intermédiaire de textes à consignes que l'apprenant doit comprendre pour progresser dans son apprentissage Le traitement cognitif de ces textes peut mettre en difficulté des apprenants adultes de bas niveau de qualification s'ils ne savent pas traiter certains éléments linguistiques qui interviennent dans la compréhension, telle, par exemple, la négation ne... pas dans certains de ses emplois. L'analyse d'un corpus de textes utilisés dans des formations à distance de niveau V a permis l'identification de quelques contextes linguistiques dans lesquels la négation peut poser un problème.
Mots-clés : ENSEIGNEMENT À DISTANCE – NÉGATION – TEXTES À CONSIGNES – APPRENANTS ADULTES

Justifiez, expliquez...

Jean-Michel ZAKHARTCHOUK

On demande souvent aux élèves d'«expliquer » ou de « justifier » leur réponse. Il n'est pas sûr qu'on soit toujours bien au clair sur ce que cela signifie et surtout que les élèves comprennent bien quelle est la tâche qui leur est demandée. Le travail indispensable autour de ces deux verbes-consignes doit s'inscrire dans un apprentissage plus général de la maîtrise de la lecture de consignes. On rappelle dans cet article les grands axes d'un apprentissage qui doit aller de pair avec une vigilance plus grande des enseignants quant à la pertinence de leurs formulations de consignes. Concernant l'explication et la justification, les élèves doivent pouvoir distinguer les deux notions. Pour cela, on réservera le terme de justification à l'explicitation de la démarche utilisée par l'élève, l'explication renvoyant aux questions « pourquoi » ou « comment se fait-il que ». L'article propose quelques outils et idées d'activités pour entraîner les élèves à s'y retrouver, tout exercice méthodologique devant s'accompagner de moments « métacognitifs » où d'ailleurs la « justification » de sa réponse par l'élève a toute son importance !
Mots-clés : CONSIGNE – EXPLIQUER – JUSTIFIER – EXPLICITATION – STRATÉGIES (d'élèves) – DÉMARCHES (des élèves)

L’enseignement de l’argumentation au lycée : entre approche linguistique et héritage rhétorique

Claudine GARCIA-DEBANC

L’article s’interroge sur les choix effectués dans les nouveaux programmes de lycée à propos de l’apprentissage de l’argumentation. Une première partie traite d’un premier niveau de la transposition didactique, relative aux écarts entre théories de référence et contenus enseignés. Elle met en évidence la diversité des définitions selon les chercheurs et montre les aspects privilégiés et passés sous silence. En particulier, les éléments hérités de la rhétorique sont juxtaposés avec ceux issus des recherches linguistiques, sans que leur articulation soit problématisée, alors que les enjeux des deux types d’études diffèrent profondément. Une deuxième partie de l’étude porte sur les écarts entre savoirs à enseigner et savoirs enseignés, tels qu’on peut les analyser à travers le traitement, dans divers manuels de Seconde, de l’une des problématiques suggérées par les programmes, la question de l’Autre. L’analyse permet de comparer les notions et les textes privilégiés, la place réservée aux études de la langue et de mettre en évidence le caractère frileux des consignes d’écriture créative. La troisième partie propose un exemple d’intégration de la pratique de l’argumentation orale et écrite et de la lecture cursive en classe de seconde.
Mots-clés : ARGUMENTATION – RHETORIQUE – ETUDE DE LA LANGUE – ANALYSE DE MANUELS – MEDIATIONS CULTURELLES – DEBAT

Note critique sur les exercices de grammaire

Caroline MASSERON

L'enseignement grammatical dispensé aujourd'hui dans les classes de collège minore les questions syntaxiques au profit de l'ancrage énonciatif et de la typologie des textes. Ces nouvelles orientations, dont on peut comprendre l'intention générale (redonner du sens aux activités et aux textes) se traduisent dans les nouveaux manuels par des activités grammaticales qui se contentent de procéder à quelques révisions terminologiques sans grand intérêt. Dans ces conditions, que deviennent les enjeux d'acquisition langagière qui, en réception et en production d'énoncé, font la base de l'apprentissage verbo-discursif ? On suggère dans l'article de renforcer les grammaires de discours, de texte et de phrase par une grammaire d'énoncé qui pourrait s'inspirer des travaux théoriques du « Lexique-grammaire » de M. Gross, et l'on propose quelques activités centrées sur les représentations spatiales et leurs moyens d'expression dans les textes.
Mots-clés : GRAMMAIRE SCOLAIRE – ACQUISITION LANGAGIÈRE – PHRASE – ÉNONCÉ – CONSTRUCTION – EMPLOI – EXPRESSION DE L'ESPACE – NOM DE LIEU – Verbe « DESCENDRE » – Verbe « LAISSER »

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