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N° 109/110,
« Histoire de la description scolaire »
La Figure de la description dans la théorie rhétorique classique
Christine NOILLE-CLAUZADE
La description peut être définie comme ekphrasis, hypotypose, énumération.
Ces trois termes recoupent trois conceptualisations hétérogènes (respectivement
poétique, rhétorique et logique) dans la tradition rhétorique latine et
classique toutes trois cependant adossées à la notion d'amplification
(de récriture). Tour à tour récriture sophistique d'un mythos, actualisation
mimétique d'une énumération des circonstances, et amplification pathétique
d'une topique, la description classique se révèle ainsi en continuité avec
la narration, comme un régime alternatif de traitement du récit.
Le traitement de la description dans les manuels de rhétorique à l'usage
des élèves au XVIIe siècle
Anne SPICA
Le terme de description apparaît rarement en l'état dans les manuels scolaires
de rhétorique à l'âge classique ; sa forme latine (descriptio) reçoit l'acception
de définition. Pour autant, la sphère du descriptif est très largement
présente et constitue même un des thèmes majeurs de l'enseignement de l'éloquence.
Après avoir repéré les lieux rhétoriques où s'élaborent la définition et
les variations de la « description », l'on s'attache à dégager quelle conception
du langage en découle, qui sert de soubassement à l'ensemble de la rhétorique.
Faire voir pour faire comprendre oriente son enseignement, mieux : ériger
le langage en vision invite à redéfinir la nature de l'ornement et des
beautés du discours, destinés désormais à dire le vrai et pas seulement
à farder sophistiquement les propos.
Mots-clés : AMPLIFICATION DÉFINITION
DISPOSITION EKPHRASIS ÉLOCUTION ÉLOQUENCE FIGURES DE STYLE HYPOTYPOSE
IMAGE INVENTION NARRATION ORNEMENT PEINTURE
La description dans quelques manuels du dix-neuvième siècle
Françoise REVAZ
Le dix-neuvième siècle constitue, en France, une période charnière dans
lhistoire de la description et de son enseignement. Dans la multitude
des manuels et arts décrire publiés durant cette période, on a retenu
cinq ouvrages importants de la fin du siècle. On observe tout dabord le
statut de la description dans léconomie de chaque ouvrage, les diverses
sortes de descriptions envisagées par chaque auteur ainsi que les définitions
quils en proposent. Ensuite, on passe en revue les différents préceptes
décriture, les regroupant en trois sous-ensembles correspondant aux trois
premières phases du modèle rhétorique de production du discours : linventio,
la dispositio et lelocutio. On termine l'article sur une réflexion concernant
les frontières entre la description et la narration.
Mots-clés : MANUELS
ARTS DÉCRIRE TRAITÉS DE RHÉTORIQUE DESCRIPTION TABLEAU PARALLÈLE
CARACTÈRE PORTRAIT INVENTIO DISPOSITIO ELOCUTIO TEXTES DACTIONS.
La description scolaire au secondaire de 1900 à 1960
Marie-Hélène VOURZAY
Dans les années 1900 émerge, sur fond de « crise du français », en marge
des textes officiels, un modèle de prescription pour la composition française,
concernant les classes du premier cycle du secondaire : modèle « réaliste »
de lobservation ascétique des choses et des êtres par un usage systématique
des sens, avec létude du vocabulaire sensoriel correspondant. Dans cet
article est proposé un récit de la construction du discours par où se fonde
cette prescription, en suivant trois perspectives : dune part, les textes
qui mettent au point le rituel de transmission de ce type de rédaction ;
dautre part les discours scientifiques, relatifs en loccurrence à la
psychologie de lattention, que les prescripteurs utilisent pour justifier
leur didactique de la rédaction ; enfin, le travail dinterprétation, de
transposition du discours littéraire de référence, lesthétique réaliste.
Mots-clés :
COMPOSITION FRANÇAISE DESCRIPTION RÉALISME
La description scolaire au secondaire (collège) de 1960 à 1997
André PETITJEAN
L'article se propose d'étudier l'évolution de la description scolaire,
au niveau du collège, de 1960 à 1997.
Cette période correspond à l'instauration
d'une école secondaire moyenne de masse (le collège).
Cette période correspond
aussi à une époque où la discipline « français » et les savoirs qu'elle transmet
ont été de plus en plus perméables à des savoirs de référence qu'ils transposent.
Cette
double logique (adaptation au public et actualisation des connaissances)
explique qu'en matière de description, la vulgate psycho-perceptive, héritée
de Payot, a été progressivement concurrencée par une perspective textualiste.
Mots-clés :
HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS AU SECONDAIRE ENSEIGNEMENT DE LA
DESCRIPTION ANALYSE DES PROGRAMMES ET DES MANUELS
Des « registres »
Alain VIALA
Historiquement, l'idée que les uvres portent empreinte d'une attitude
de l'auteur, liée à un choix de thématique et de façons d'expression, et
à un affect fondamental qu'il s'agit d'exprimer et d'offrir à ressentir
et partager au public, est dominante sur une très longue durée. La notion
de « registre » rend compte de cette idée. L'article en propose une définition
historique, puis esquisse un état présent de réflexions en ce domaine,
pour revenir à une proposition plus synthétique de définition. Lieu de
manifestations d'affects fondamentaux, les registres apparaissent comme
des éléments de sens majeurs dans la littérature. D'où le besoin de les
aborder avec les lycéens. La seconde partie de l'article fait retour sur
les programmes, sur des éléments d'analyse des registres et de leur place
possible dans les progressions annuelles, en soulignant qu'ils ne gagnent
pas à être posés en objets définis à l'avance, mais doivent plutôt être
progressivement perçus, analysés, compris et enfin définis.
Mots-clés : AFFECTS
GENRES HISTOIRE LITTÉRAIRE SENS VOCABULAIRE
Lecture cursive et lecture analytique. Du goût et du plaisir de lire
Raymond MICHEL
Lintroduction dans les programmes du lycée de la lecture cursive et de
la lecture analytique nest pas sans poser des problèmes, à la fois conceptuels
et pratiques. Tout dabord, il est légitime de se demander ce que recouvrent
ces deux notions. Une lecture « serrée » des textes daccompagnement du collège,
des programmes des lycées et du discours didactique permet de faire un
premier bilan. Toutefois lobservation de ces textes impose un constat
peu encourageant : les rapports entre la conduite esthétique face à un texte
et la lecture savante (méthodique, analytique) de ce même texte restent
flous sinon ambigus aplatissement de lune sur lautre, fonction ancillaire
de la première, valorisation (pour sen louer ou le regretter) excessive
de la seconde, la seule considérée comme légitime, « lettrée ». Il apparaît,
donc, dans un deuxième temps, opportun de saisir cette occasion pour sinterroger
sur des notions comme le « plaisir », le « goût » de lire, le « jugement esthétique »,
termes relativement forclos du discours didactique dominant ambiant, même
sils sont employés, très souvent et par de nombreux acteurs (professeurs,
inspecteurs, parents...), sur le mode de lévidence, comme horizon incontournable
de la discipline. Le propos vise, alors, à tenter de mettre un peu de clarté
cognitive dans ce débat et douvrir la didactique du français sur des champs
conceptuels et théoriques quelque peu délaissés, comme lesthétique. En
définitive, il sagit, donc, de jeter les premiers jalons dune réflexion
sur la possibilité ou non dune éducation du goût en matière de lecture.
Mots-clés :
DIDACTIQUE LECTURE CURSIVE LECTURE ANALYTIQUE FICHE DE LECTURE PLAISIR
ESTHÉTIQUE CONDUITE ESTHÉTIQUE APPRÉCIATION ÉDUCATION DU GOÛT
Du projet de discours à la langue du discours produit : nature et enjeux
des erreurs scripturales
Caroline MASSERON
Dans la perspective des nouveaux programmes, l'enseignement du français
au lycée doit désormais intégrer les questions de langue et s'efforcer
notamment de traiter les productions d'élèves du point de vue linguistique,
dans le but de consolider la compétence rédactionnelle des lycéens.
L'article
propose plusieurs axes d'analyse pour essayer de rendre compte de ces intuitions
de défectuosité ou de malformation, émises lors d'une correction de copies
mais difficiles à étayer. Les analyses de copies proposées conduisent à
formuler un certain nombre d'hypothèses :
1. Les copies frappent davantage
par leur déficit syntaxique que par la densité d'erreurs effectives. C'est
ainsi que, l'enchaînement de phrases procèdant selon une juxtaposition
qui se traduit par l'abus des virgules ou de coordonnants (car, et, mais)
dont on ne sait pas toujours dire s'ils sont syntaxiques ou argumentatifs,
une telle parataxe est rarement fautive, au sens strict de ce mot.
2. Les
marques de surface, éventuellement fautives, ne sont que le dernier maillon
de toute une chaîne procédurale, cognitive et langagière, qui conduit au
texte « fini », et, de ce point de vue, peuvent être considérées comme des
indices de problèmes rencontrés avant l'étape finale de mise en mots. Dans
plusieurs cas, on essaie d'interpréter l'erreur commise comme un indice
rédactionnel plutôt que, seulement, comme une « faute de langue ».
3. Le modèle
de la langue parlée n'est pas seul en cause dans les jugements de maladresse
que l'on est conduit à énoncer sur certaines copies de lycéens. Au contraire,
une dichotomie trop vigoureuse entre écrit et oral nuit à une appréhension
critériée des facteurs qui pèsent dans les disqualifications d'un écrit
scolaire.
Les activités d'écriture proposées dans la deuxième partie de
l'article sont surtout dictées par l'importance de travailler en classe
des « niveaux » d'organisation intermédiaires (à mi-chemin, si l'on peut
dire, entre la pensée globale et la mise en mots ultime d'une intention
signifiante) ; citons les opérations de définition, d'exemplification, de
paraphrasage, parmi celles retenues.
Par ailleurs, l'article comporte en
annexe un classement d'erreurs lexicales rencontrées dans des productions
effectives.
Mots-clés : ÉCRITURE ARGUMENTATIVE INTERPRÉTATION DES ERREURS
SCRIPTURALES RAISONNEMENT POINT DE VUE DÉFICIT SYNTAXIQUE ERREURS LEXICALES
L'USAGE DES VIRGULES CAR CONNEXIONS NIVEAUX D'ORGANISATION DU DISCOURS
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