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N° 105-106,
« La réécriture »
Deux ou trois choses que je sais de la réécriture
Daniel BESSONNAT
La question est de savoir pourquoi et comment mobiliser la réécriture dans
le travail de la classe de français, et quels problèmes cela pose. Pour
ce faire, lauteur opère un retour réflexif sur la notion de réécriture.
Il repart des définitions possibles de la notion, en la situant par rapport
à des notions connexes comme la "correction", la "révision" ou encore la
"reformulation", en la caractérisant de lintérieur comme un lieu de tensions
obligeant à des arbitrages délicats, en essayant de dresser une typologie
des procédures de réécriture. Puis il passe en revue cinq modèles de référence
propres à guider le travail de lenseignant dans sa classe : le modèle littéraire
(le tissage dans lécriture effervescente) ; le modèle génétique (le travail
des brouillons) ; le modèle cognitiviste (les processus rédactionnels) et
deux modèles plus spécifiquement scolaires, quil appelle, faute de mieux,
linguistico-didactique et pédagogico-didactique, selon quil(s) met(tent)
laccent sur les savoirs à construire ou sur le sujet scripteur. Pour conclure
quil est urgent de réouvrir le débat si on veut clarifier les enjeux et
les conditions de mise en uvre de la réécriture dans lenseignement.
Le brouillon, introuvable objet d'étude ?
Catherine BORÉ
Cet article se compose de deux parties. La première propose un examen critique
des notions de brouillon et de réécriture, selon lacception et lusage
quen fait linstitution scolaire. Celle-ci voit la réécriture comme une
opération formelle issue de la relecture parmi une succession détapes,
plutôt que comme un processus continu dénonciation. Quant au brouillon,
il implique toujours, comme l'indiquent les textes officiels, dêtre un
produit précédant la recopie, selon un usage que lécole tend à figer en
norme, fixant sa forme du même coup. Or la diversité des situations scolaires
et aussi la spécificité de lécriture scolaire inclinent à séloigner de
ces mythes et à concevoir de façon plus large et plus souple la réécriture
et les brouillons. Le phénomène général de la reformulation, de la paraphrase,
familier à loral, paraît beaucoup plus justement convoqué pour rendre
compte de laptitude générale à reprendre et modifier le déjà dit. Il impose
aussi que lon suive de plus près le détail des reformulations langagières
dans les copies délèves. Cest ce quillustre la seconde partie de larticle,
en analysant un exemple de stratégie décriture manifestée dans une situation
décriture longue. Cet exemple attire lattention sur la nécessité dune
didactique de linterprétation des textes d élèves, qui noublierait pas
la pragmatique et qui redonnerait sens à lactivité décriture tout entière.
Mots-clés :
BROUILLON RÉÉCRITURE REFORMULATION PARAPHRASE INTERPRETATION DIDACTIQUE
DE LÉCRIT
Construire une expertise professionnelle pour faire réécrire les élèves
ou : En formation initiale d'enseignants, comment passer du déclaratif au
procédural ?
Claudine GARCIA-DEBANC, Alain TROUILLET
Quelles compétences professionnelles sont nécessaires pour organiser efficacement
des situations favorisant la réécriture des élèves ? Quelles connaissances
faut-il maîtriser sur l'écriture, sur les brouillons d'écrivains, sur les
apprentissages en écriture des élèves, sur les consignes d'écriture et
de réécriture ? Quelle pratique personnelle faut-il en avoir, comme enseignant
certes mais aussi comme participant à des ateliers d'écriture ? Quand on
est formateur d'enseignants, quelles activités mettre en place pour favoriser
la construction d'une expertise professionnelle dans ce domaine ?
Le passage
de la première à la deuxième année d'IUFM peut être vu comme un changement
nécessaire entre un savoir didactique, d'ordre déclaratif, sur la conception
de projets d'écriture ou l'analyse de textes d'élèves et des savoirs procéduraux
à mettre en acte dans l'espace de la classe. Nous partons d'une étude de
cas vécu en formation initiale montrant les difficultés d'une stagiaire
à mettre en oeuvre une situation de réécriture avec des élèves de CE2,
malgré des connaissances déclaratives solides sur l'importance de la réécriture
et une préparation de la séance soignée. Nous décrivons ensuite une séance
de formation initiale conduite à l'IUFM de Toulouse, cogérée par un professeur
d'IUFM et un maître-formateur, au cours de laquelle les Professeurs des
Ecoles stagiaires sont amenés à corriger, avec ou sans critères explicites,
ou à réécrire un texte d'élève de CM1. Leurs annotations et leurs critères
sont ensuite analysés, comparés, confrontés avec ceux de l'enseignant expert,
en vue de mettre en évidence les choix de stratégies. Trois exemples de
réécritures sont également analysés et comparés au travail des élèves.
Le croisement de ces deux expériences en formation initiale aide à définir
les composantes de la compétence professionnelle nécessaire pour mettre
en oeuvre efficacement une situation de réécriture avec des élèves d'école
primaire mais aussi de collèges, de lycées ou de lycées professionnels.
Cet inventaire peut également servir d'analyseur pour situer l'état des
représentations et des pratiques d'un groupe de collègues en formation
continue.
Une année de réécriture en troisième
Daniel BESSONNAT
Comme il y a souvent loin de la théorie à la pratique, pour faire pendant
à lexamen théorique de la notion, lauteur fait retour sur la place quil
a consacrée à la réécriture au cours dune année de 3e, à travers un recensement
quil veut le plus exhaustif possible des activités conduitesdans sa classe.
Ayant construit de manière délibérée un cycle de travail sur le narratif
qui mobilise la réécriture à la fois de manière directe dans lélaboration
du récit et indirecte sous forme dactivités décrochées, il saperçoit
à larrivée quil a convoqué de manière plus ou moins consciente la réécriture
également dans tous les autres cycles de travail, quil sagisse de la
prise de notes, de largumentation ou encore des activités de langue. Preuve
sil en est que la procédure est incontournable et quil convient dobjectiver
davantage son rôle dans les apprentissages écrits, dans la tête de lenseignant
et aussi et surtout dans celle des élèves.
Note sur quelques activités de réécriture
Caroline MASSERON
Cette note essaie de suggérer divers protocoles de réécriture en lieu et
place de l'analyse interprétative des discours argumentatifs auxquels on
recourt volontiers pour vérifier la compréhension des élèves et des étudiants.
Trois
volets successifs :
a) Une réécriture très guidée par la consigne facilite
l'examen sélectif de malformations locales que l'on peut ressaisir comme
des indices de mauvaise interprétation.
b) L'écriture d'un pastiche (Montesquieu)
permet de surseoir à des analyses formelles ou thématiques que l'on juge
momentanément trop lourdes ou sans garantie. La réussite du pastiche renseigne
sur l'appréhension de l'intention ironique et des valeurs impliquées.
c) La
réécriture par le scripteur d'un même texte argumentatif en trois versions
successives est développée sous la double influence des textes d'accompagnement
qui permettent d'étayer les arguments et de renforcer la structure polémique
générale.
Mots-clés : ARGUMENTATION ÉCRITE COHÉRENCE GLOBALE / COHÉSION LOCALE
RÉÉCRITURE / LECTURE / INTERPRÉTATION
Prise de notes et écriture conceptuelle à l'université
Françoise BOCH
L'étude vise à comparer deux tâches de réécriture « classiques » auprès d'un
public d'étudiants : l'une est réalisée à partir d'une prise de notes effectuée
en cours magistral (la source est donc orale), l'autre à partir d'une prise
de notes effectuée suite à la lecture d'un document (la source est ici
écrite). L'hypothèse de travail est qu'en fonction de la situation initiale
(source orale ou écrite), on observera des lieux de variation dans les
productions écrites, tant au plan formel que sémantique. Les résultats
montrent en effet que la situation de cours rend la prise de notes plus
dépendante de la source ; c'est seulement dans le passage prise de notes
- texte final que l'étudiant sélectionne et reformule les informations.
Quant au plan sémantique, les dysfonctionnements sont qualitativement différents
pour les deux situations. Si on observe une tendance générale à la surgénéralisation,
on remarque que les erreurs interprétatives sont plus fréquentes lorsque
la source est écrite.
Éléments pour un usage didactique du traitement de texte. Écrire, réécrire
et réviser sur ordinateur
Sylvie PLANE
Cet article se propose d'examiner le rôle que l'on peut faire jouer au
traitement de texte dans des dispositifs didactiques destinés à faciliterl'apprentissage
de la réécriture et de la révision. Dans un premier temps, une distinction
est proposée entre réécriture et révision, à partir du moment, du substrat
et de la nature de l'intervention concernés par l'une et l'autre.
Dans un
second temps, la réflexion porte sur les effets qu'on peut attendre du
traitement de texte, et sur la difficulté à mettre en évidence ces effets,
notamment en raison des caractéristiques techniques de l'outil informatique.
Aussi des précautions sont-elles préconisées pour tenir compte des problèmes
que peuvent rencontrer les scripteurs débutants.
Enfin, trois séries de
propositions didactiques sont formulées, les premières concernant des séquences
de travail consacrées à la familiarisation avec des opérations d'écriture,
les secondes portant sur la mise en place de situations d'écriture longue
sur ordinateur, et les troisièmes concernant l'usage d'aides informatisées.
Mots
clés : INFORMATIQUE DIDACTIQUE TRAITEMENT DE TEXTE ÉCRITURE RÉVISION
RÉÉCRITURE
Emprunt et réécriture : réflexions à partir de L'art de la comédie de
J.-F. Cailhava
de L'Estendoux
André PETITJEAN
Dans le contexte d'un retour de l'écriture de « création » dans les nouveaux
programmes des lycées, l'article propose une réflexion sur l'imitation,
la réécriture et l'emprunt en régime classique.
Dans le première partie,
il s'agit d'une présentation synthétique des principes de l'esthétique
classique de l'imitation dans de domaine de l'écriture théâtrale. Dans
la seconde partie, il s'agit d'examiner un traité de l'imitation consacré
au théâtre de Molière, écrit en 1772 : "L'Art de la comédie" de Cailhava
de l'Estendoux. Où l'on voit que l'auteur du traité effectue une classification
des types d'emprunts textuels, propose une description des opérations de
réécriture des textes et dessine en creux les cadres de l'esthétique classique
de l'imitation.
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