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N° 103-104,
« Interactions et apprentissage »
Actes de reformulation et progression du savoir
Daniel BRIXHE et Antoinette SPÉCOGNA
Dans le dialogue pédagogique l'enseignant exerce une double tâche : assurer
la continuité de l'interaction engagée avec les élèves individuellement
et collectivement et satisfaire celle de son propre discours pour atteindre
l'objectif qu'il s'est fixé. Pour ce faire, parmi les moyens verbaux dont
dispose ce maître de CM2, les actes verbaux de reformulations de paraphrasage,
rephrasage et correction témoignent de ce double souci. Ainsi, loin de
traduire des maladresses, sinon des fautes, les actes de reformulation
du maître participent à la réussite d'opérations de constitution du problème
à résoudre, de thématisation ou de rethématisation, d'introduction d'hypothèses,
voire de « coups de force » nécessaires à la progression de la leçon.
A propos de tensions entre différentes fonctions didactiques
Mireille DELABORDE
Lobjet de larticle est létude de la gestion par le maître du moment
particulier de la deuxième séquence que constitue la mise en commun après
un travail par groupes. Létude montre que le maître agit selon deux logiques
difficilement compatibles : accueillir toutes les propositions des sept
groupes avec la même neutralité didactique cest à dire sans en juger demblée
la validité (en adoptant ainsi une logique de dévolution) et construire
une règle partagée par le groupe dans un "espace commun de significations".
Lobservation fine des échanges montre combien le choix du maître de faire
comme sil nintervenait pas sur le contenu est progressivement intenable :
la nécessité de produire une règle loblige à faire des choix parmi les
propositions des groupes. Or, fidèle à son attitude deffacement, il tait
ses choix qui se manifestent alors implicitement sans négociation constructive
possible avec les élèves. Par ailleurs, alors que lattitude de dévolution
est adoptée de bout en bout, la situation dapprentissage gagnerait selon
létude à prendre en compte certaines demandes dexplications explicites
des élèves.
Qu'est-ce qui se négocie dans les interactions didactiques quand le savoir
nest pas en cause ?
Pierre PÉROZ
Les moments de mise en commun des travaux des élèves sont des moments particulièrement
délicats pour lenseignant. Il sagit, sans refaire collectivement lexercice,
de pointer quelles en étaient les difficultés et quels étaient les moyens
de les surmonter. Dans le moment dont traite P. Péroz, les élèves ont tous
et rapidement réalisé la tâche qui leur était confiée : « reconstituer quatre
phrases données en désordre sous forme détiquettes ». Pourtant le maître
revient longuement sur lexercice et procède à une reconstitution minutieuse
des différentes phrases.
Cela ne manque pas de poser problème aux élèves
dont les réponses montrent quils vont envisager différentes fonctions
possibles pour cette correction avant de réduire lécart avec le maître
et aboutir au résultat souhaité.
Lobjet de larticle est montrer comment
la connaissance implicite quont les élèves de ce que lauteur nomme « le
cadre didactique » peut à la fois être un obstacle au bon déroulement de
la leçon en même temps quelle est absolument nécessaire au bon fonctionnement
du contrat didactique.
Le maître médiateur
Mireille AUBERTIN
Les propos des élèves et du maître sont filés, dans la foulée de J. Bruner
et de M.M. Barth, en termes de « niveau de complexité cognitive ». "Observer",
"comparer", "généraliser", ces trois opérations de difficulté croissante
sont sollicitées dans les consignes du maître et repérées dans les interventions
des élèves. Des dénivellations sont constatées : entre maître et élèves
demandes formulées à tel niveau et traitées à tel autre- ; mais aussi
entre élèves et groupes délèves. Létude montre que le niveau le plus
élevé cognitivement, celui de la généralisation, précisément impliqué par
la construction dune règle, est rarement atteint par la classe et suggère
quune pédagogie plus différenciée et un étayage plus performant auraient
vraisemblablement favorisé un meilleur traitement de la tâche difficile
de construire une règle de grammaire.
Les enjeux cognitifs des interactions
Jean-François HALTÉ
Lors dune phase de mise en commun de résultats, certaines remarques du
maître, détonant par rapport à ses conduites précédentes, donnent à entendre
quà ce moment-là du travail collectif un enjeu particulier vient de surgir...
Une analyse des interactions montre comment les interventions du maître
tendent, en forçant des interprétations, à la réduction du nouveau ou du
différent, au même, au déjà collationné. Une seconde analyse, pédagogico-didactique,
révèle que le maître privilégie les "résultats" concrets obtenus par lapplication
dune règle au détriment de la "formulation" même de la règle. Or il arrive
quune stratégie « heureuse » amène des résultats douteux, comme il arrive
quune mauvaise en amène de bons. Cest le cas dans la séquence considérée.
En délaissant les "formulations" dun groupe, le maître, pressé par le
temps et le but, exhausse pour la classe entière les "résultats" dun autre
reposant pourtant sur une pratique morphologique douteuse. Il laisse alors
en plan, par défaut détayage, un apprentissage plus vaste. Volens nolens,
il y a des limites, semble-t-il à ce qui se négocie dans les classes les
plus ouvertes à la co-construction du savoir.
Les aléas des interactions langagières au sein dun groupe délèves de
cycle 3
Charles JUVING
On suit un groupe de quatre élèves dans son travail puis dans son compte-rendu
collectif lors de la phase de présentation des règles morphologiques. On
se demande, pour lessentiel, si le travail en groupe hétérogène possède
une efficace. Létude, quantitative et qualitative, fait apparaître certaines
réalités du conflit social et du conflit cognitif. Cest bien ainsi quil
faudrait dire, plutôt que « conflit sociocognitif » : il se suffit pas dêtre
en groupe et davoir une tâche pour que « conflit sociocognitif » il y ait.
La réalité que le travail danalyse montre est loin de limage dEpinal :
dune part, des conflits proprement (psycho)sociaux - partition filles
/ garçons, luttes de pouvoir, revendications de place organisationnelles,
constituent des obstacles puissants à la coopération "cognitive", dautre
part des problèmes décarts cognitifs importants entre les uns et les autres
freinent la coopération sociale. Dans ces conditions difficiles, le remarquable
de laffaire est que les plus « faibles » des élèves (au moins) progressent,
et que lon comprenne comment.
« Tout un nuage de philosophie condensé dans une goutte de grammaire » : interactions
verbales et élaboration de règles dans la mise en uvre dune « démarche
inductive » en grammaire
Elisabeth NONNON
Les habiletés professionnelles quotidiennes et les difficultés concrètes
rencontrées dans la mise en uvre dune démarche inductive renvoient à
des questions scientifiques et épistémologiques centrales de la discipline,
dont elles sont un révélateur : sur la notion de démarche inductive et les
cadres épistémologiques où linduction peut sinscrire, sur les multiples
acceptions de la notion de règle, en sciences du langage notamment. Les
ajustements, les négociations, les glissements de sens des termes, les
recadrages de la tâche nécessaires pour faire exister par le dialogue un
espace de recherche apparemment conforme aux règles de la démarche inductive,
pour poser les règles dun jeu de langage, celui de lactivité grammaticale,
pour faire réfléchir les élèves sur la formulation dune règle de grammaire,
relèvent dun fonctionnement proprement scolaire, autonome par rapport
aux domaines scientifiques dont se réclament les textes prescriptifs. Mais
lépistémologie scolaire ainsi approchée à travers linteraction quotidienne
est en rapport étroit avec des notions centrales pour la connaissance en
général et celle de la langue en particulier, comme celle de règle, avec
les grandes questions épistémologiques de la discipline et les cadres divers
où elles sinscrivent.
Loral en situation scolaire : interaction didactique et construction
de
savoirs
Gilbert TURCO et Sylvie PLANE
Cet article présente une recherche menée par lINRP et portant sur loral
dans la classe. La recherche comporte deux phases, lune (oral 1) à visée
descriptive, lautre (oral 2) focalisée sur la production doutils denseignement.
Larticle sattache dans un premier temps à situer cette recherche dans
le contexte épistémologique et didactique dans lequel elle se situe, en
formulant quelques hypothèses sur les raisons de lémergence de lintérêt
actuel pour loral, puis en proposant une récapitulation des pratiques
scolaires doral, et enfin en signalant les héritages qui ont marqué cette
recherche. Dans un second temps, larticle met laccent sur les choix théoriques
et méthodologiques de la recherche, choix conditionnés par le souhait de
préserver la complexité de lobjet détude labile et multiforme quest
loral. Pour cette raison la recherche sest appuyée sur lanalyse dun
même corpus soumis à plusieurs lectures, afin den dégager les caractéristiques
pédagogiques, didactiques et linguistiques. Ce travail a permis de déterminer
quatre entrées pour décrire les situations doral, qui seront donc désormais
examinées en termes de tâches, de séquences textuelles, de conduites interactionnelles
et de conduites discursives. Dans un troisième et dernier temps, larticle
présente les axes choisis lors de la deuxième phase de recherche pour situer
les variables didactiques à prendre en compte lors de la construction de
situations dapprentissage mettant en jeu loral.
Aspects cognitifs de la conduite dun dialogue explicatif
Solveig LEPOIRE
Les dialogues explicatifs donnent lieu à des interactions où un enseignant
et des élèves réalisent conjointement des opérations cognitives pour coproduire
un raisonnement. Le maître sy trouve dans la position difficile de devoir
en même temps garantir la cohérence dun explication « achevée » et laisser
place à la pensée en construction des enfants.
Évaluer loral
Claudine GARCIA
Sil devient un objet denseignement à part entière comme y invitent les
injonctions institutionnelles actuelles, lenseignement de loral suppose
que lon définisse de façon précise et opératoire son évaluation. Or sa
nature même en rend lévaluation délicate, dautant plus que les enseignants
jusquici insuffisamment formés à dégager les caractéristiques syntaxiques
du français parlé, ont des pratiques très normatives. Après avoir inventorié
les difficultés à évaluer loral, larticle met en évidence les principaux
choix à réaliser. Les différents types doraux sont mie en évidence à travers
linventaire des variables didactiques en cours délaboration dans le cadre
de la recherche INRP « Loral pour apprendre ». Sept outils dévaluation
proposés pour lécole élémentaire, le collège et le lycée, en particulier
à propos des conduites argumentatives à loral, sont ensuite comparés dun
point de vue épistémologique.
Des techniques F.L.E. à l'usage des élèves francophones en difficulté face
à l'écriture et à la lecture (grammaire civilisationnelle et question de
sens)
Louis ARSAC
Il sagit dexaminer avec la perspective dune approche systémique le point
de vue épistémologique dune transférabilité possible des techniques « français
langue étrangère » vers les élèves francophones en difficulté car si certains
aspects de la linguistique (cf. Milner, Lehman, Chomsky et même Piaget
à certains égards) sont nécessaires à la mise en uvre dune didactique
fonctionnelle, la sociolinguistique et la pragmatique (cf. Austin, Cohen,
Labov, Garmadi, Riffaterre) se révèlent également pertinentes en tant que
tout apprenant est un acteur social tout comme lenseignant, en même temps
que tout enseignement est situé dans un contexte sociologiquement structuré.
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