A Jean-François HALTÉ
Le 7 décembre 2005, Jean-François Halté, lui à qui Pratiques doit plus particulièrement sa
fondation en 1974 et les grandes orientations qui auront été les siennes,
nous a quittés.
Il souffrait depuis plus de trois ans dun cancer qui a fini par lemporter
à lâge de cinquante-huit ans.
Emue et profondément bouleversée, la communauté des linguistes-didacticiens,
de France et de
létranger, a rendu hommage à ses qualités humaines, bien sûr, mais surtout
à ses recherches,
quelles portent sur les interactions scolaires, sur loral, sur la lecture
ou sur la didactique de
lécriture.
Enseignant, chercheur mais aussi militant syndical et politique, Jean-François
savait donner un sens
social à son travail et à ses recherches, avec la volonté de réfléchir
aux possibilités de réduction
de léchec scolaire, en particulier au niveau des compétences que développe
lenseignement du
français.
De lenseignant, on retiendra le bonheur quil savait trouver dans la relation
pédagogique, en
particulier du temps où il professait en collège, ainsi que sa volonté
permanente de réviser et
renouveler les contenus de son enseignement pour ladapter aux différents
publics détudiants
et denseignants qui ont suivi ses cours ou ses stages. Car Jean-François
accordait la plus
grande attention aux actions de formation quil a conduites, ayant une
haute idée de
limplication, de la responsabilité intellectuelle et des enjeux dinnovation
dont il se voyait investi
lors de ces actions. En témoignent les nombreux stages et universités dété
quil a animés, en
France et à létranger, et les souvenirs durables quils ont laissés chez
les participants.
A lenseignant, aussi, luniversité de Metz et lIUFM de Lorraine doivent
une implication forte tant
dans les plans de formation que dans lélaboration des différents cursus
de Sciences du
Langage ou la rédaction de projets de lutte contre léchec des étudiants
(accueil, orientation,
suivi, transversalité des savoirs...).
Le chercheur laisse derrière lui une centaine darticles et cinq ouvrages
dont un Que sais-je
consacré à la didactique du français. Les questions de linguistique et
denseignement qui le
passionnaient et sur lesquelles il ne cessait de réfléchir approfondissant
ces questions par
lacuité dune pensée critique toujours en éveil et qui jugeait sans indulgence
les simplifications
schématiques portent sur les discours oraux, la compétence scripturale,
les interactions
scolaires et les situations denseignement /apprentissage.
La culture scientifique de Jean-François, au-delà de la linguistique et
de la didactique, était
véritablement pluridisciplinaire. Avec un goût prononcé pour la formalisation
et une vigilance
épistémologique à toute épreuve, Jean-François aura été un véritable inventeur
de concepts et
aura largement contribué à faire de la didactique une discipline de recherche
universitaire. À cet
égard, il convient de rappeler combien Jean-François savait animer et dynamiser
la recherche.
Outre le rôle inoubliable quil a tenu dans Pratiques, il a, en effet, dirigé à luniversité de Metz
un laboratoire de didactique des disciplines puis un centre de didactique
du français, en
association avec lIUFM de Lorraine.
Quant au Jean-François militant, il sincarne dans cet homme qui a contribué
à cimenter lintellectuel
organique que représente Pratiques, qui en a symbolisé les valeurs et les projets et qui ne se
sera finalement jamais départi dun penchant utopiste indéniable ; au point
quà vouloir toujours
allumer les étoiles, il trouvait souvent notre terre institutionnelle plutôt
grise.
Quand la mort vous enlève celui qui était à la fois lami, le collègue,
le compagnon et le camarade, le
chagrin est immense et la perte irremplaçable. Ma seule consolation est
de voir combien cet
être cher était apprécié et reconnu et de savoir que sa pensée continuera,
longtemps encore, à
inspirer nos recherches.
André PETITJEAN
Le numéro 137/138 dePratiques en hommage à Jean-François Halté a été publié en juin 2008.