« Écrits de savoirs »,
décembre 2009, n° 143-144
Numéro coordonné par Mohamed Kara
Codification des savoirs scolaires ou académiques, rhétorique de la connaissance,
idiomaticité des
énoncés savants : quelque formulation que lon retienne il sagit invariablement
de lexpression dune
problématique associant lobjet soumis à examen que lon appellera par
commodité le référent à
sa formalisation dans un langage naturel, ou artificiel dailleurs. Tel
est lobjet assigné à ce numéro de
Pratiques : décrire les itinéraires épistémologiques qui conduisent de lexpérimentation
fondée sur des
données, des sources, des références, des faits à une formalisation écrite
à vocation objectivante. Les
contributeurs ont été invités à envisager les procédés à luvre pour la
codification scripturale des
savoirs aussi bien à luniversité que dans le second degré, ainsi quà
lécole élémentaire où le lien
entre objet détude et langage est dûment mentionné. Ainsi en va-t-il,
par exemple, des ateliers de
sensibilisation aux sciences qui soulignent comme il convient le caractère
indissociable des
composantes évoquées plus haut. « Dans la démarche qui sous-tend l'activité
de la classe en
sciences et technologie, le langage n'est pas l'objet d'étude premier.
Mais dans les allers et retours
que le maître organise entre observation du réel, action sur 1e réel, lecture
et production d'écrits
variés, l'élève construit progressivement des compétences langagières (orales
et écrites) en même
temps que s'élabore sa pensée. » (Enseigner les sciences à lécole, 2002 : 10). Consubstantialité
donc entre « observation du réel », « action sur le réel » et « compétences
langagières ». Un triptyque
qui souligne, si besoin en était, la dimension heuristique de lécrit dont
traite ici-même Charles
Bazerman de lUniversité de Californie. Les variables engagées dans la
codification des savoirs
scolaires (dorénavant CDS) sont en effet nombreuses. La CDS est une activité
nécessairement
alimentée, à luniversité comme dans le secondaire et dans le premier degré,
par dautres activités
(lobservation dun objet ou dun phénomène, les lectures dinformation
ou dinvestigation, les
interactions orales entre élèves et professeurs, les discussions entre
pairs, à titre dexemple) qui en
sont du même coup constitutives puisquelles contribuent à la genèse de
la pensée scripturale. De
cette particularité peuvent découler des obstacles épistémologiques Elisabeth
Bautier souligne dans
son article les difficultés susceptibles de survenir dans ce quelle nomme
le « cours dialogué » à
lécole élémentaire en ce sens que le chercheur/découvreur/scripteur sera tenu de résorber une
forme dhétérogénéité due non seulement à la pluralité des observations
mais aussi des sources, des
registres dexpression, à linégalité de leur statut respectif.
[...]
(Lire la Présentation des articles)
Au sommaire
Mohamed Kara
Présentation (Lire l'article...)
Apprentissages scripturaux et cognitifs
Élisabeth Bautier
« Quand le discours pédagogique entrave la construction des usages littéraciés
du langage »,
pp. 11-26.
Claudine Garcia-Debanc, Danielle Laurent, Michel Galaup
« Les formulations des écrits transitoires comme traces
du savoir en cours dappropriation dans le cadre de lenseignement des
sciences à lécole
primaire », pp. 27-50.
Marceline Laparra, Claire Margolinas
« Le schéma : un écrit de savoir ? », pp. 51-82.
Soledad Valera-Kummer, Caroline Masseron
« Stratégie scripturale et activité conceptuelle : analyse de quelques indicateurs
langagiers dans
des écrits scientifiques de collégiens à visée comparative », pp. 83-110.
François Le Goff
« Enquête sur un écrit de savoir au lycée : la dissertation littéraire »,
pp. 111-126.
Outils et médiations des savoirs
Charles Bazerman
« Genre and Cognitive Development : Beyond Writing to Learn », pp. 127-138.
Cécile Fabre, Michelle Lecolle
« Sapproprier des instruments dobservation de la langue pour élaborer
des recherches : le TLFi
et Frantext pour des étudiants de linguistique », pp. 139-152.
Christophe Leblay
« En deçà du bien et du mal écrire. Pour une saisie en temps réel des invariants
opérationnels de
lécriture », pp. 153-167.
Alain Chartier, Catherine Frier
« Petite fabrique de la connaissance : aborder le savoir scientifique en
se racontant des histoires »,
pp. 168-186.
Francis Grossmann, Agnès Tutin, Pedro Paulo Garcia Da Silva
« Filiation et transfert dobjets scientifiques dans les écrits de recherche »,
pp. 187-202.
Marie-Cécile Guernier, Christine Barré-De Miniac
« Rapport à l'écrit et construction de connaissances disciplinaires. Étude
de cas », pp. 203-217.
Denis Alamargot, Céline Beaudet
« Rédiger contre son opinion : des étudiants avancés en communication peuvent-il
faire abstraction
de leurs connaissances du domaine ? », pp. 218-232.
Bertrand Labasse
« Lécrit professionnel : ambiguïtés et identités dun objet académique »,
pp. 233-248.
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